Parmi les premiers films de la compétition du 71e festival du film de Berlin, qui débute ce 1er mars, Memory Box de Joana Hadjithomas et Khalil Joreige offre d’emblée une proposition artistique réjouissante. 

Ce récit vivifiant d'une adolescence sous les bombes de la guerre civile libanaise offre de surcroît une belle leçon de résilience alors que cette Berlinale est entièrement virtuelle pour cause de pandémie.

À Montréal, le jour de Noël, Alex (Paloma Vauthier) reçoit une imposante boîte en provenance de Beyrouth, destinée à sa mère, Maia (Rim Turki). Téta (Clémence Sabbagh), la mère de Maia, veut garder ce passé scellé.

Passant outre, Alex découvre des cassettes et des photographies, ainsi que les carnets intimes qu’a tenus Maia, de 13 à 18 ans (Paloma Vauthier). Elle les destinait à sa meilleure amie, Lisa, partie à Paris pour fuir la guerre civile libanaise.

Une adolescente passionnée

Alex découvre une facette inconnue de sa mère. Au milieu des bombardements et de la ruine, elle fut une adolescente passionnée et amoureuse d’un beau milicien.

Joana Hadjithomas et Khalil Joreige s’inspirent de leurs souvenirs, photos et écrits pour recréer l’atmosphère du Beyrouth de la guerre. Les réalisateurs trouvent de beaux procédés narratifs et visuels pour donner vie aux photos et aux textes de Maia, mêlant leurs propres archives à celles recréées pour les besoins du film.

La mise en scène des flashbacks est même prétexte à une discrète opposition entre l’instantanéité éphémère des échanges sur les réseaux sociaux des ados d’aujourd’hui et la dimension tangible et pérenne de ceux, physiques et analogiques d’hier.

Memory Box restitue cette texture particulière. Les photos argentiques, les films Super 8, les cassettes audio deviennent la matière des souvenirs, guident l’esthétique (comme lorsque les trous de chaleur de la pellicule se confondent avec des explosions nocturnes dans le ciel de Beyrouth).

Cette forme quasi expérimentale débouche sur une narration rythmée, jouissive, portée par la mémoire musicale de ces années-là, déjà universelle pour les adolescents de l’Orient comme de l’Occident. À la blancheur et grisaille du Canada contemporain, le film oppose la chaleur du soleil libanais et les couleurs des années 80.

Trois générations de femmes

Récit mêlant trois générations de femmes (la grand-mère, la mère et la fille) à la recherche des hommes perdus (le père et le premier amoureux), Memory Box, dédié "à nos enfants", trouve son universalité dans ses thèmes profonds : l’amour, la vie, l’espoir en des lendemains meilleurs.

Les auteurs tiennent leur promesse et surmontent même l’écueil, risqué, du happy end grâce à sa redoutable sincérité.

Qu’un des derniers plans du film ait pour décor le port de Beyrouth, avant l’explosion accidentelle qui l’a ravagé en août, lui confère une fortuite dimension mémorielle supplémentaire.

Téta, qui a voulu conserver le passé enfermé, demandera à sa petite-fille de lui ramener des images du soleil. Celui-ci n’en finit jamais de se lever, dans un mouvement cyclique que capture Alex avec la technologie d’aujourd’hui. There will be light promet la chanson de clôture.

Memory Box Chronique adolescente De Joana Hadjithomas et Khalil Joreige. Scénario Joana Hadjithomas et Khalil Joreige. Avec Rim Turki, Manal Issa, Paloma Vauthier, Clémence Sabbagh… Durée 1h40

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