François Ruffin s’attaque à Bernard Arnault. Colosse aux pieds d’argile ?

Avec sa casquette et son t-shirt "I ♥ Bernard", François Ruffin est le premier fan de Bernard Arnault, l’homme le plus riche de France. Et pour cause, grâce au dividende de son unique action LVMH achetée en 2007, il a pu s’offrir un petit séchoir en plastique pour sa salle de bain. Sa mission dans "Merci patron !" ? Réconcilier la France d’en bas et les grands patrons, pour apaiser le climat social… Pour ce faire, il décide de venir en aide à Jocelyne et Serge Klur, couple de Ch’tis tous deux licenciés en 2007 par la délocalisation en Pologne (aujourd’hui en Bulgarie, avant la Grèce ?) d’une usine LVMH. Ils exigent d’Arnault les 35 000 € nécessaires pour éviter la saisie de leur maison…

Omniprésent à l’écran, adepte de l’ironie et du cynisme, François Ruffin se met dans la peau d’un Michael Moore à la française pour mettre en accusation le géant du luxe français LVMH et son bien-aimé patron… Arnault est une cible ancienne de Ruffin, fondateur du trimestriel engagé "Fakir", gazette basée dans le nord de la France qui distille son parfum de révolte populaire depuis 2009, avec un succès grandissant.

Si l’on peut reprocher à Ruffin d’instrumentaliser la lutte contre la pauvreté des Klur (qu’il mène ceci dit d’une main de maître) au profit de sa propre cause (et de son journal), "Merci patron !" n’en reste pas moins un film rafraîchissant ! Ce n’est pas tous les jours en effet qu’on assiste au triomphe de David face à Goliath…

Ce que l’on découvre dans cette farce potache, c’est en effet l’envers du décor d’un grand groupe du Cac 40, qui n’hésite pas à faire appel à des barbouzes - on découvre ici en négociateur du service de sécurité d’Arnault un ancien commissaire des Renseignements généraux ! - pour exécuter ses basses besognes. On constate surtout la panique de Bernard Arnault que cette histoire ne s’ébruite. De peur de voir sa réputation ternie encore un peu plus après avoir été tenté par la nationalité belge (forme particulièrement perverse d’évasion fiscale). Et cette peur, ce n’est pas celle du "Monde", de "Médiapart" ou de Hollande mais bien du minuscule journal "Fakir". Car, comme l’émissaire de LVMH, "c’est les minorités agissantes qui font tout !"

Et Arnault voit ses pires craintes se concrétiser. Sorti en France le 23 février dernier, "Merci patron !" a franchi les 400 000 entrées et est à l’origine du mouvement Nuit Debout, qui réfléchit à un changement de modèle de société, en s’opposant à une oligarchie financière toute puissante, prise la main dans le pot de confiture dans le scandale des "Panama papers", alors que ne cessent d’augmenter les inégalités sociales. La peur est en effet peut-être en train de changer de camp. En témoigne sans doute la censure du film dans "Le Parisien" et sur Europe 1, deux médias propriété d’Arnaud Lagardère. Entre ultra-riches aussi, la solidarité est de mise…


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 Scénario & réalisation : François Ruffin. Montage : Cécile Dubois. 1 h 24.