Entre Noël et Nouvel An, Rúnar Rúnarsson joue au trouble-fête avec des dizaines de saynètes.

L’ambition formelle de Rúnar Rúnarsson s’affirme dès le premier plan. Une plaine neigeuse s’étend vers un massif immaculé qui découpe le ciel bleu. Par paire, des hommes entrent symétriquement dans le plan. 2, 4, 6, 8, 10, 12, une battue ?

Probablement, mais on n’en saura rien. L’ambition formelle a supprimé tout récit. Ce pas très long métrage est composé d’une mosaïque de très courts sur le thème des deux réveillons, Noël et Nouvel An.

Après avoir ouvert, dans l’église, le cercueil où repose un enfant, l’employé des pompes funèbres téléphone à sa fille pour lui dire qu’il passera la chercher à l’école pour aller ensemble chercher le cadeau pour maman. L’ambiance n’est pas à la rigolade. Un homme regarde brûler une immense maison-grange typique. Il dit à sa petite fille, à ses côtés, que voici 50 ans, il y a dansé pour la première fois avec sa grand-mère. Pas loin, le nouveau propriétaire filme la scène avec son smartphone, plutôt satisfait. Il explique au grand-père que ce bâtiment ancien allait lui coûter bonbon en rénovation. Alors, pour son projet touristique bio - les œufs du petit dej’ viendront d’un fermier local - c’était moins cher de bouter le feu et d’installer ensuite des pavillons préfabriqués. Le bio a bon dos.

La période la plus douloureuse

Il range les livres d’une main et de l’autre, le bibliothécaire tient son smartphone et explique fermement à sa mère, qu’il ne mangera pas de la baleine, ses enfants non plus, peu importe la sauce! Si elle persiste à servir ce plat traditionnel, ils viendront après.

Les spectacles d’enfants sponsorisés par Coca-Cola, les bouchers qui découpent les carcasses au son de Jingle bells ; cette ambiance de Noël a tendance à déprimer Rúnar Rúnarsson, un admirateur de Roy Andersson. Son regard est moins poétique, plus hyperréaliste et il se distingue par sa capacité à synthétiser en une scène des sentiments complexes pouvant fournir des années de travail à des psychologues, des psychiatres. Ainsi, à l’occasion du réveillon, un père divorcé présente à sa fille sa nouvelle compagne qui a une fille du même âge. Toutes les deux jouent le même morceau au piano. Dès les premières notes jouées par l’autre gamine, la fille biologique comprend qu’elle n’a pas reçu la même attention de la part de son père professeur de piano.

Rúnar Rúnarsson n’est pas toujours aussi poignant, ou sombre mais dans des dizaines de situations typiques de Noël, il s’impose comme un trouble-fête plein de compassion à l’égard de ceux pour qui cette période est la plus douloureuse et la plus anxiogène de l’année.

Echo Essai impressionniste De Rúnar Rúnarsson Durée 1h19

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