Vincent Lacoste, très attachant dans un premier film tendre sur le passage à l’âge adulte.

Adrien (Vincent Lacoste) a encore oublié ses clés à l’intérieur de son appartement. Pas grave. Prétextant avoir oublié le gaz, il appelle les pompiers… Et rentre tranquillement chez lui par la grande échelle. À bientôt 30 ans, ce jeune Parisien tête en l’air vit toujours dans l’insouciance de l’enfance, continuant de capitaliser sur son passé d’enfant-star d’une comédie à succès. Quand il n’a plus un sou, il lui suffit de rentrer dans le bel appartement de ses parents, aux côtés de sa mère psychanalyste (Emmanuelle Devos), qui a expulsé son paternel alcoolique (Christophe Lambert, qui a pris un sacré coup de vieux…) dans la chambre de bonne…

Convoqué au commissariat pour avoir fait appel abusivement aux hommes du feu, Adrien croise le regard de Léa (Noée Abita), jolie lycéenne qu’il séduit d’un bon mot dont il a le secret. Tandis qu’il passe des essais pour un réalisateur allemand. Lequel est convaincu, malgré son gabarit de sandwich SNCF, qu’Adrien fera un parfait Charles de Gaulle dans son prochain film sur la jeunesse du général…

Un Tanguy contemporain

En 2016, à 26 ans seulement, Antoine de Bary s’était fait remarquer à la Semaine de la Critique à Cannes avec L’Enfance d’un chef, court métrage qui imaginait Vincent Lacoste dans la peau d’un jeune acteur chargé d’incarner de Gaulle. Les deux compères se retrouvent dans Mes jours de gloire. Le premier long métrage de de Bary reprend l’argument de L’Enfance d’un chef, mais le développe pour proposer le portrait d’un Peter Pan moderne, d’un jeune adulte toujours puceau, qui refuse de grandir et qui préfère sortir avec des lycéennes plutôt que de s’engager dans une vraie relation.

Parfait dans ce rôle qui lui va comme un gant, l’éternel adolescent Vincent Lacoste apporte la légèreté nécessaire à ce personnage de glandeur, à ce Tanguy du XXIe siècle incapable de prendre sa vie en mains et de s’insérer dans la vie professionnelle. Mais il n’est pas question pour Antoine de Bary de proposer une quelconque critique sociale. Son personnage n’est pas en révolte contre un système qu’il jugerait vide de sens, il est juste incapable de s’y conformer. Car derrière la comédie, Mes jours de gloire esquisse en toile de fond le portrait d’un jeune homme dépressif. Mais une dépression que personne - pas même lui, ni sa psy de mère - n’est capable de percevoir derrière le masque de la joie de vivre permanente.

Retrouvant le même équilibre entre rire et larmes qu’il incarnait déjà dans Amanda de Mikhael Hers ou dans Plaire, aimer et courir vite de Christophe Honoré, Lacoste est une nouvelle fois parfait de naturel, de fraîcheur, mais aussi de profondeur pour laisser entrevoir, derrière le rire, les abîmes de l’âme… Dans une comédie tendre, où Antoine de Bary fait pas mal de clins d’œil au cinéma de Woody Allen, mais en parvenant à trouver sa propre tonalité.

Mes jours de gloire Comédie dépressive De Antoine de Bary Scénario Antoine de Bary et Elias Belkeddar Photographie Nicolas Loir Musique Ulysse Cottin Avec Vincent Lacoste, Emmanuelle Devos, Christophe Lambert, Noée Abita… Durée 1h38.

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