Cinéma

Alors qu’elle vient de vivre une tragédie (sa sœur s’est suicidée en emmenant leurs parents dans la mort), Dani (Florence Pugh) décide d’accompagner son petit-ami Christian (Jack Reynor) et deux de ses amis lors d’un voyage en Suède. Ces étudiants en anthropologie ont été invités par leur condisciple Pelle (Vilhelm Blomgren) à participer à un festival traditionnel organisé chaque année par sa famille dans le nord de la Suède à l’occasion du Midsommar, le solstice d’été.

Une fois arrivés sur place, les Américains sont accueillis très chaleureusement par cette communauté qui, durant les neuf jours à venir, va entièrement se dédier à la pratique de rites païens ancestraux. Tuniques blanches décorées de runes scandinaves, colliers de fleurs, danses et chants rituels… Tout ça leur paraît bien exotique. Mais pas beaucoup plus qu’une communauté hippie des sixties ou qu’un cours d’expression corporelle… Ils doivent juste accepter de se laisser porter par l’ambiance, de se reconnecter aux esprits de la Terre… Mais dès la première cérémonie sacrée, les choses prennent une tournure beaucoup plus inquiétante…


Rituels païens

L’année dernière, Hereditary avait marqué les esprits. Enfin un film d’horreur qui osait prendre le genre au sérieux ! Avec ce récit métaphorique sur la famille et le deuil embarquant Toni Collette et Gabriel Byrne, Ari Aster avait immédiatement été comparé (un peu abusivement quand même) au Stanley Kubrick de Shining. De quoi permettre au Suédois de s’offrir une vraie carte blanche pour son nouveau film, à nouveau très ambitieux, sorti mercredi dernier en salles.

Comme Hereditary, Midsommar est un film de genre pas comme les autres, plus proche du film d’auteur européen que de la série B hollywoodienne habituelle. Même si, pour ne pas trop bousculer le public et ses producteurs, Aster en reprend ici les personnages classiques d’étudiants américains en vadrouille. Mais sa référence, quasi revendiquée par l’esthétique mise en œuvre, c’est évidemment The Wicker Man, film culte de Robin Hardy avec Christopher Lee en 1973. Comme son aîné anglais, le Suédois choisit en effet de nous faire peur en mettant en scène des cultes païens primitifs, qu’il reconstitue avec une grande minutie dans de somptueux décors…

Trip hallucinatoire

Sauf que le point de vue choisi par Aster est nettement plus ambigu. Pas question pour le cinéaste de jouer ici sur l’horreur pure (malgré quelques scènes gore) ou sur les effets de manche habituels. Il choisit au contraire de nous faire glisser progressivement au cœur des croyances de cette communauté. Il nous en montre tout autant la beauté, la chaleur, l’entraide, le lien intergénérationnel, que les côtés les plus inquiétants, pour ne pas dire tordus. Placé dans la peau de cette jeune fille en plein deuil de ses parents, on vit, au rythme des repas communautaires et autres décoctions bizarres, le même trip, partagé, comme elle, entre fascination et terreur.

Toujours aussi précis dans sa mise en scène, dans son sens du cadrage et du montage, Ari Aster construit son film comme un trip hallucinatoire, marqué par une atmosphère d’angoisse permanente, mais aussi par quelques scènes très fortes. Où il explore à nouveau les thèmes qui lui sont chers : le deuil, le couple et les névroses familiales. Mais cette fois en accouchant d’un film qui ose tourner le dos aux codes classiques du genre. S’inspirant des cultes anciens de son pays, le cinéaste construit ici un univers visuel très singulier. Et dont on ne ressort pas tout à fait indemne…

Midsommar Trip horrifique De Ari Aster Durée Scénario Ari Aster Photographie Pawel Pogorzelski Cloak Avec Florence Pugh, Jack Reynor, Will Poulte... Durée 2h27.

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