Millenium: la fille qui n’aimait pas les hommes

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A.Lo

Publié le - Mis à jour le

Millenium: la fille qui n’aimait pas les hommes
© Sony

Reconnaissons-le : on peut s’interroger sur l’intérêt pour David Fincher de signer une nouvelle adaptation de "Les hommes qui n’aimaient pas les femmes", le premier volet de la trilogie "Millénium" de Stieg Larsson. Bien sûr, le film a été conçu pour un public anglo-saxon, réfractaire aux œuvres étrangères : gageons qu’aux Etats-Unis, cette adaptation sera la première aux yeux de la majorité du public. Et on aimerait pouvoir effacer la case de notre mémoire contenant le souvenir du film de Niels Arden Oplev, car David Fincher est autrement plus doué et inspiré. Plus noir, aussi. Créditons le réalisateur d’avoir tourné en Suède. Lui et son directeur photo, Jeff Cronenweth, trouvent une lumière et des ambiances qui confèrent à son film une texture qu’il n’aurait pas eue aux Etats-Unis.

Le générique, reprise de l’"Immigrant Song" de Led Zeppelin par Trent Reznor avec la voix de Karen O, est une ouverture d’envergure. Il annonce la mue de Lisbeth Salander, au cœur du dispositif narratif mis en place par le scénariste Steven Zaillian et Fincher.

Les deux auteurs ont compris que la véritable héroïne du film, c’était elle. Daniel Craig, aussi, qui non seulement est un Blomkvist crédible (on l’imagine plus aisément en tombeur que le très commun Michael Nyqvist de la version suédoise), mais qui a l’élégance de s’effacer, composant un reporter, certes doué, mais sans fard, et fatigué. Face à lui, Fincher a trouvé en Rooney Mara une comédienne idéale : silhouette frêle, voix monocorde, dos voûté et tête rentrée. C’est un oiseau de nuit fragile, mais qui se métamorphosera en bête de proie le moment venu. A cet égard, le développement du personnage, sous la plume de Zaillan et la caméra de Fincher, met en lumière l’épiphanie vécue par Salander lorsque Blomkvist la contacte. Jusque-là, c’est une survivante, mais une solitaire blessée et franchement pas gâtée par la vie. Mais le journaliste est le premier homme à lui témoigner du respect, et, surtout, à la traiter en égal. Personnage dramatique en or, pierre angulaire de la trilogie, Salander trouve chez Fincher sa pleine mesure - même si Noomi Rapace avait livré une composition convaincante chez Oplev (qui l’a conduite à Hollywood : on vient de la voir dans "Sherlock Holmes" et Ridley Scott l’a dirigée dans son prochain "Prometheus").

Deux bémols empêchent toutefois le film d’être un grand thriller imparable. Stellan Skarsgard est un néon dans la nuit : tout indique que son personnage n’est pas là que pour faire tapisserie. Evidemment, la surprise était éventée pour les connaisseurs. Mais on se console, tant son interprétation est brillante, tout en nuance et sans démesure. Seconde réserve : malgré une durée de plus de deux heures trente, ce que les personnages gagnent en épaisseur, l’intrigue le perd, au point de voir ses multiples rebondissements ramassés dans sa dernière demi-heure.

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