D’innombrables injustices et inégalités subsistent de par le monde. Certaines, que l’on croyait résolues renaissent ou refont débat. Entre mauvaise conscience et bons sentiments, le cinéma s’en empare, souvent à travers des récits supposés édifiants et - tout aussi souvent - situés dans le passé, prétexte à des chromos nostalgiques.

Misbehaviour ne fait pas exception, agréable feel good movie aux accents britanniques. Cet épisode authentique du combat féministe outre-Manche s’ouvre sur des images d’un Bob Hope (note aux moins de 40 ans : comique américain, 1903-2003) divertissant les GI’s au Vietnam en vantant les formes de la Miss Monde 1969, la blonde et blanche Eva Rueber-Staier.

L’année suivante, émoi à la veille de l’édition 1970 du concours, plus regardé que la Coupe du Monde ou le premier pas d’Armstrong sur la Lune. Jugé trop sexiste et trop uniformément blanc, l’événement suscite l’ire du Mouvement de Libération de la Femme naissant comme des militants anti-apartheid (note aux moins de 25 ans : régime répressif de "développement séparé" selon des critères ethniques, en vigueur en Afrique du Sud de 1948 à 1994).

Tous les ingrédients de la leçon d’affirmative action sont réunis : une mère divorcée (Keira Knightley) qui lutte pour reprendre des études universitaires, une militante sans limite (Jessie Buckley), des reines de beauté conscientes de n’être que des alibis politiques (Gugu Mbatha-Raw, Loreece Harrison), un organisateur rétrograde et timoré (Rhys Ifans), un comique machiste et mufle (excellente composition de Greg Kinnear),… Il y a même, pour faire bonne mesure, un compagnon féministe (John Heffernan).

Les faits sont réels et confrontèrent les aspirations de deux catégories : femmes britanniques et femmes noires. On ne parlait pas encore d’intersectionnalité, mais il y a de ça. A l’heure du cyberharcèlement organisé, la représentation de cet épisode à l’écran évoque plus une joyeuse virée entre copines.

De l’art d’un certain cinéma britannique d’user (voire abuser) de la comédie sociale pour faire passer la pilule amère (d’autant plus que ces combats redeviennent d’une criante actualité). On ne s’ennuie pas dans la salle. Mais cela paraît presque trop beau (ou peace and love) pour être vrai. Avec le risque que le verni transforme la (petite) leçon d’histoire en MLF pour les Nuls.

On a vu pire en la matière, mais bien plus consistant ou poil à gratter aussi. Lorsqu’on voit les vraies protagonistes à la fin (Sally Alexander, Jo Robinson, Jennifer Hosten et Pearl Jansen), on se dit qu’on aurait gagné à les entendre conter leur histoire elles-mêmes plutôt que sous cette forme sympathique, certes, mais un brin prémâchée.

Misbehaviour Girl & Black Power De Philippa Lowthorpe Scénario Gaby Chiappe, Rebecca Frayn Avec Keira Knightley, Gugu Mbatha-Raw, Jessie Buckley, Greg Kinnear, Suki Waterhouse, Lesley Manville, Rhys Ifans Durée 1h46.

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