Entre thriller et comédie, Jodie Foster étrille requins de la finance et des médias.

"Money Monster" est le nom du talk-show financier qu’anime Lee Barnes (George Clooney). Auto-proclamé expert de la sphère économique, Barnes est plus un bateleur qu’un journaliste. Son pouvoir, énorme, influe moins sur les marchés que sur les petits porteurs. Et c’est là que la mécanique du spectacle se grippe.

Au lendemain de l’évaporation de 800 millions de dollars des avoirs d’Ibis, une société de placement que Lee a défendu sur antenne, Kyle (Jack O’Connell), un petit épargnant qui a tout perdu, prend Lee et son équipe en otages, en direct. Il menace de tout faire sauter s’il n’entre pas en contact avec Walt Camby (Dominic West), le patron d’Ibis. La police bloque le périmètre, tandis que Patty (Julia Roberts), la réalisatrice de l’émission, tente depuis la régie de garder Kyle, Lee et la situation sous contrôle, tout en traquant Camby avec l’aide de Diane (Caitriona Balfe), la directrice de com’d’Ibis.

Le titre est approprié : on parle bien d’un monstre financier, une chimère fabriquée par des alchimistes de la finance et des apprentis sorciers de la communication. Les traders et spéculateurs de l’économie dématérialisée n’ont plus la cote. Des films comme "Margin Call" ou le récent "The Big Short" ("Le Casse du Siècle") sont revenus sur les origines de la crise de 2008. Ici, le ton est à la fiction, mais la réalité n’est pas loin. Quand Camby affirme n’avoir rien fait d’illégal, mais qu’on l’interroge sur son éthique, on entend l’écho des arguties sémantiques qui ont suivi les "Luxleaks" et "Panama Papers".

Jodie Foster mêne avec rythme et conte avec limpidité son intrigue. Clooney est parfait en roi de l’infotaitment. Face à Kyle, son personnage succombe d’abord à la panique. Avant de reprendre son rôle d’animateur, d’abord pour gagner du temps et sauver sa peau.

Signature de la réalisatrice ? Face à des hommes écrasés par leur égo, leur cupidité ou prompts à réagir avec leurs tripes, les personnages féminins du film sont autrement dignes et responsables. La Patty incarnée par Julia Roberts est notamment un modèle de sang-froid et de sagacité.

L’intérêt de "Money Monster" réside dans ce jeu de nuances autant que dans ses rebondissements. Mais aussi dans ses grilles de lecture multiples. Ce thriller, qui n’est pas dénué d’humour par instants, charge autant les baudruches spéculatives de Wall Street que le cirque médiatique ou les journalistes inféodés aux puissants. Sont aussi égratignées au passage les méthodes expéditives des forces de l’ordre ou l’opinion publique, aisément manipulable et rapidement amnésique. La fin est implacable à cet égard. On repense à certains classiques sur les dérives des médias, comme "Le gouffre aux chimères" (1951) de Billy Wilder : le journaliste qu’incarnait Kirk Douglas suivait une évolution similaire à celle de Lee Barnes. Même si au final, show must go on et business as usual


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 Réalisation : Jodie Foster. Avec George Clooney, Julia Roberts, Jack O’Connell,... 1h40