Au cœur de la nature colombienne, un grand film de guerre sur la nature humaine.

Quelque part au sommet d’une montagne d’Amérique du Sud, les Monos, un groupe d’enfants-soldats, sont chargés d’assurer la surveillance d’une otage américaine (Julianne Nicholson). Ils sont huit, ont de 12 à 16 ans et se font appeler Chien, Lady, Rambo, Bigfoot ou Schtroumpf. Tous sont lourdement armés et coachés par le Messager, un nain bodybuildé qui les entraîne et leur sert de relais au sein de "L’Organisation", un mouvement révolutionnaire clandestin qui combat l’armée officielle.

Entre l’ennui, l’envie de jouer, les premiers émois amoureux, la propagande politique et les tâches militaires, pas facile de trouver sa place pour ces gamins. Pas facile, surtout, dans un tel contexte de violence, d’inconfort et de survie permanente, de rester des enfants…

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L’enfance volée

Présenté en février 2019 à la Berlinale, prix du meilleur film étranger à Sundance et grand prix à Gand, Monos est un véritable choc. Né au Brésil, éduqué et vivant aux États-Unis, Alejandro Landes signe en effet un grand film de guerre, qui nous plonge au cœur des ténèbres de la nature humaine.

S’il s’inspire vaguement des prises d’otages des Farc dans la jungle colombienne, pas question pour Landes d’ancrer son propos dans le réel. L’idée est plutôt de créer un contexte reconnaissable, mais indéterminé géographiquement et temporellement, pour creuser autre chose que le fait divers ou même la politique. Hormis qu’elle embrigade des enfants et leur lave le cerveau, on ne saura ainsi rien de l’orientation idéologique de cette "Organisation". Ce qui compte pour le cinéaste colombo-équatorien, c’est d’observer un groupe d’adolescents, en pleine puberté, plongés malgré eux dans un monde d’adultes.

À la façon d’Apocalypse Now, Monos se sert du film d’aventures, d’action, pour proposer une réflexion très sombre sur la condition humaine et sur le cycle infernal de la violence. D’autant plus sombre que ce sont ici des enfants qui, placés dans des circonstances impossibles, glissent vers la folie, vers la violence incontrôlée, vers la cruauté.

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Rambo chez les enfants

Si la réflexion peut paraître abstraite, la mise en scène d’Alejandro Landes se veut au contraire très concrète. Filmant au plus près ses jeunes héros, dans des situations très dures, sous la pluie, la nuit, au milieu de combats, dérivant dans un fleuve…, le cinéaste livre un véritable Rambo - ce n’est évidemment pas un hasard si l’un des personnages porte ce nom -, sauf que les héros sont ici des adolescents à la dérive.

Très âpre, la mise en scène est portée par un brillant montage et une bande-son magistrale (se servant des bruits de la forêt pour composer un paysage sonore envoûtant), qui renforcent le côté hallucinatoire d’un film dont on sort dévasté. Véritable expérience pour les sens, Monos n’épargne rien au spectateur, n’élude rien et n’a guère plus de confiance en l’enfance qu’en l’âge adulte quand il s’agit de montrer le pire dont l’être humain est capable.

Monos De Alejandro Landes Scénario Alejandro Landes & Alexis Dos Santos Photographie Jasper Wolf Musique Mica Levi Avec Moisés Arias, Julianne Nicholson, Laura Castrillón… Durée 1h42

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