Le premier film français

de Joseph Losey, et une oeuvre résolument kafkaïenne.

Soit Robert Klein (Alain Delon, impeccable), notable français profitant de l'Occupation et du désarroi des juifs pour s'enrichir, jusqu'au jour où la «révélation» d'un parfait homonyme met son existence confortable en danger. Menant obstinément sa propre enquête, voilà Klein bientôt aveuglé et aspiré par sa recherche de la vérité; en toute inconscience, serait-on tenté de dire.

Admirable et ambitieux, le film sera couronné de plusieurs Césars. Un intéressant bonus en retrace l'histoire, du jour

où Delon prit l'initiative de contacter Losey, d'autant plus séduit par un film sur l'intolérance et le racisme qu'il avait dû lui-même fuir le maccarthysme. Outre le témoignage

de Rémy Duchemin, assistant-réalisateur, et celui de Michael Lonsdale, on découvre des interviews d'époque de Delon

et Losey. L'occasion pour le metteur en scène de disséquer la texture toute particulière d'un film où se côtoient magistralement trois styles distincts: un pour l'horrible réalité des faits; un second pour l'irréalité des gens vivant comme si rien de spécial ne se produisait; un autre enfin, abstrait, pour l'implacable machine bureaucratique

écrasant les êtres... (J.-F. Pl.) (Boomerang)

© La Libre Belgique 2003