Vendredi soir, le public vénitien a découvert deux films en Compétition, dont la première entrée italienne, Padrenostro. Et on ne peut malheureusement pas dire que, contrairement à Daniele Luchetti avec Lacci en ouverture, Claudio Noce ait réellement soulevé l’enthousiasme avec cette évocation alambiquée des Années de plombs en Italie…

S’inspirant de faits réels — l’attentat perpétré par un groupe d’extrême gauche, Nuclei Armati Proletari, ayant visé son père, le juge Alfonso Noce, en 1976 —, le cinéaste, né à Rome un an avant les faits, choisit un point de vue assez rare sur le terrorisme, celui d’un jeune garçon vivant dans la peur que celui-ci ne frappe à nouveau son père.

À l’écran, blond comme les blés, le double imaginaire du cinéaste s’appelle Valerio. Au lendemain de la tentative d’attentat contre son père (le charismatique Pierfrancesco Favino), l’enfant tombe sur Cristian, un garçon de 14 ans sorti de nulle part, qui l’incite à faire l’école buissonnière pour jouer au foot avec lui. Avant de s’inviter en vacances dans la maison familiale de Valerio en Calabre…

Cet étrange garçon existe-t-il réellement ou n’est-il qu’un des fantômes que voit ce petit garçon mélancolique (ami imaginaire, esprit d’une grand-mère jamais connue…)? Inscrivant son film « inspiré d’une histoire vraie » dans un climat de réalisme magique, Claudio Noce signe un film d’apprentissage un peu bancal, raconté à grands renforts d’effets de mise en scène appuyés, avec notamment un usage abusif des ralentis et d’une musique dramatique.

Histoire d’amitié entre deux garçons blessés par la vie, évocation de l’admiration d’un fils pour son père, métaphore sur la peur qui craignait en Italie durant les Années de plomb et sur le besoin de réconciliation, Padrenostro est franchement trop chargé pour retenir réellement l'attention...

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Aux rythmes de la musique indienne

Le second film du jour propose, lui, une expérience spirituelle, une plongée dans la musique classique indienne — dans l’esprit de la musique soufie popularisée en Occident par le Pakistanais Nusrat Fateh Ali Khan. Dans The Disciple, Chaitanya Tamhane raconte le parcours de Sharad Nerulkar. S’inscrivant dans les pas de son père, le jeune homme est dévoué à son art et à son gourou. S’entraînant tous les jours avec application, participant à des concours, il est bien décidé de devenir un grand nom du chant classique et perpétuer ainsi la tradition de son école musicale.

Auteur d’un documentaire sur le plagiat dans le cinéma indien et de Court, film de prétoire qui lui avait valu le prix du meilleur premier film et le prix du meilleur film Orrizonti à la Mostra en 2014, Chaitanya Tamhane est donc cette fois invité en Compétition avec un film dont il signe non seulement le scénario et la réalisation, mais aussi le montage. À mille lieues des codes de Bollywood, The Disciple s'inscrit en effet pleinement dans la voie du cinéma d'auteur. Tamhane choisit en effet une approche quasi documentaire, avec une vraie dimension ethnographique, pour filmer le quotidien de ce jeune apprenti chanteur vivant chez sa grand-mère et travaillant pour un micro-éditeur musical.

The Disciple est en effet entièrement dévoué à la passion du jeune réalisateur pour la musique indienne. Vocalisations, tablas, sarangi et harmonium rythment en permanence ces deux heures pensées comme une transe (avec d’ailleurs des scènes de méditation pour mettre dans l’ambiance). Si l’on y rentre, on est transporté. Sinon, on reste carrément sur le trottoir...

Abordant l’éternelle question de la modernité et de la tradition dans l’art, The Disciple choisit le second camp, à travers ce personnage se battant pour préserver le courant musical de ses aînés. Abordant son sujet avec beaucoup de respect, Tamhane ne s’offre que quelques moments plus ironiques. C’est dommage car ce sont les seuls moments où son film parvient à sortir de sa torpeur. On comprend évidemment l’envie du cinéaste de se placer au même rythme que la musique indienne, volontairement répétitive pour faire pénétrer l’auditeur dans un état de conscience modifiée. Mais le rythme dramatique d'un film ne se plie malheureusement pas aux mêmes règles... À moins d’être passionné de musique indienne, The Disciple risque de décourager nombre de spectateurs...

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