Quatrième et dernier film italien en course pour le Lion d’or, Le Sorelle Macaluso est de loin le meilleur. C’est aussi le film le plus applaudi en vision de presse depuis le début du festival. Sept ans après avoir présenté son premier film Palerme, sur le Lido, Emma Dante était de retour avec l’adaptation de son spectacle homonyme, créé à Avignon en 2014. Comme sur scène, la grande dramaturge sicilienne raconte ici le destin de cinq sœurs de Palerme (elles étaient sept dans le spectacle) dont l’existence a été bouleversée par une tragédie. Et le moins que l’on puisse dire est que le passage à l’écran est une vraie réussite.

Frappées par le destin

Éclatant de naturel, le film s’ouvre sur la jeunesse des sœurs. C’est une journée magnifique, qu’elles ont décidé de passer à la plage. Le soleil est éclatant, la mer est chaude, la bonne humeur est de mise. Mais, sans prévenir, le destin frappe et prend la plus jeune des sœurs. On retrouve les quatre autres, trente ans plus tard, réunies pour un dîner dans l’appartement familial…

De son spectacle, Emma Dante n’a retenu que l’histoire et le thème du deuil. Tout sauf théâtrale, sa mise en scène fait appel à tous les outils du cinéma pour retracer le destin de ses héroïnes: longs plans évocateurs sur le vol des colombes que les soeurs élèvent au-dessus de leur appartement, plans fixes sur des pièces vides, chorégraphie des personnages... Le Sorelle Macaluso est un film merveilleux de justesse. Très italien, dans cette explosion de vie et de sentiments exacerbés jetés à l’écran mais qui, pourtant, ne verse jamais dans un sentimentalisme de pacotille. De quoi faire naître, au plus profond du spectateur, de puissantes émotions, sur la perte, le deuil, la culpabilité et le temps qui passe… Un film magnifique qui figurera, à n’en pas douter, au palmarès de Cate Blanchett.

La résistance japonaise

Second film en compétition mercredi, Wife of a Spy est nettement moins fort. Découvert à la fin des années 1990 avec des films fantastiques plutôt abstraits (Cure, Kaïro…), Kyoshi Kurosawa s’est imposé pour un public plus large avec Shokuzai, double long métrage présenté à Venise en 2012, qui marquait son passage à un cinéma plus classique.

Avec Wife of a Spy (Les Amants sacrifiés, en français), cette évolution est plus marquée encore. Le cinéaste japonais livre en effet un drame historique plutôt classique, situé à Kobe en 1940. On y suit le destin de l’homme d’affaires Yusaku Fukuhara et de sa femme Satoko. Alors que la guerre débute, que l’empire se rapproche de l’Allemagne et de l’Italie, le couple continue de mener une vie à l’occidentale, en contradiction avec le retour au nationalisme nippon. Lors d’un séjour en Mandchourie, occupée par les forces japonaises, Yusaku est témoin d’atrocités qui le poussent à s’engager…

Avec ce film d’espionnage raffiné, Kurosawa aborde un sujet quasi inédit au cinéma, celui de la résistance au Japon durant la Seconde Guerre mondiale, dans un film historique plastiquement irréprochable, mais qui manque de ce je-ne-sais-quoi pour nous faire réellement vibrer…