Après le très beau et très personnel Douleur et Gloire , le cinéaste espagnol s’offre ici une fantaisie. Tournant pour la première fois en anglais, il signe une nouvelle adaptation de la pièce de Jean Cocteau La Voix humaine, dont il s’était déjà inspiré pour Femmes au bord de la crise de nerfs en 1988. Sauf qu’Almodóvar se montre cette fois plus proche du monologue original, un texte superbe confié à la géniale Tilda Swinton.

Toujours aussi racée, l’Anglaise est époustouflante dans le rôle d’une actrice vieillissante délaissée, en pleine rupture amoureuse par téléphone avec son amant, après avoir tenté de se suicider. Grâce à son interprétation - où elle fait montre d’une incroyable palette, de la fragilité à la rage, en passant par l’ironie ou le pathétique -, Swinton fait vibrer la passion à l’écran. Une passion mise en scène avec beaucoup de liberté par Almodóvar, grâce à un dispositif abstrait très étudié, dans lequel le cinéaste filme l’envers de son décor. Comme une mise en abyme de son cinéma, depuis toujours habité par des sentiments explosifs.