Ce biopic familial autour du peintre britannique L.S. Lowry vaut pour la partition de ses deux interprètes.

“Je suis un homme qui peint. Rien de plus” déclare le fils de Mrs Lowry. Soit Laurence Stephen Lowry (Timothy Spall), passé à la postérité comme L.S. Lowry (1887 – 1976), peintre expressionniste de la vie ouvrière et populaire du nord-ouest de l’Angleterre de la première moitié du XXe siècle. Employé de bureau, artiste amateur, il vécut la majeure partie de sa vie au service de sa mère malade, Elizabeth (Vanessa Redgrave).

“Je suis un homme qui peint” et non “je suis artiste” : l’acte suffisait à Lowry, même si l’approbation maternelle l’aurait sans doute comblé.

Dans nombre de biopics sur des artistes, la clé de l’impulsion créatrice est à chercher dans un souvenir de jeunesse, parfois traumatique. Pour L.S. Lowry, l’enfance – ou du moins le lien à la mère – a perduré jusqu’à la cinquantaine. Comme son titre l’indique, ce film se concentre sur cette relation entre la mère, un brin toxique, et ce vieux garçon qui sublime un quotidien routinier et morose en peignant des toiles la nuit, dans le grenier de la maison familiale.

On n’est pas loin du théâtre filmé – l’un des décors principaux est la chambre maternelle. Ou de la musique de chambre. Mais quelle musique ! Le réalisateur Adrian Noble dispose de deux instruments remarquables : Vanessa Redgrave et Timothy Spall. Résultat métaphorique : une toile de maîtres, non en termes de mise en scène (malgré quelques petites enluminures), mais d’interprétation. La joute du film est verbale, entre l’apparente soumission du fils à une mère acariâtre sinon castratrice, qui refuse de croire dans son talent. Opposition, aussi, entre une vision bourgeoise du “beau” classique qui méprise l’artiste du dimanche, incompris.

Savoureuse continuité pour Timothy Spall, qui après Mr Turner (Mike Leigh, 2014) incarne ici un autre peintre, moins mondialement connu, mais chéri dans la mémoire populaire britannique, car peintre du commun. Le film fait d’ailleurs allusion, dans un final en forme de mise en abîme, à la rétrospective posthume que la Tate Britain consacra à Lowry en 2013.

Intéressant effet miroir, aussi, que ce peintre reconnu sur le tard, pour un acteur de talent qui a dû attendre lui-même la cinquantaine pour des premiers rôles au cinéma. Lui pourrait déclarer, modestement, mais non sans fierté : “Je suis un homme qui joue. Rien de plus.”

Mrs Lowry & SonDuo de maîtres De Adrian Noble Scénario Martyn Hesford Avec Vanessa Redgrave, Timothy Spall,…Durée 1h31.

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