Cinéma Malgorzata Szumowska s’en prend violemmentà l’église polonaiseet à ses fidèles, dans un film empreint de mépris de classe.

Fan de heavy metal, portant cheveux longs et tatouages, Jacek (Mateusz Kosciukiewicz) détonne dans son petit village, à la frontière germano-polonaise. Tout comme sa copine Dagmara, blonde explosive qu’il vient de demander en mariage. Donnant un coup de main à la ferme familiale, le jeune homme bosse également sur le chantier du coin : la construction de la plus grande statue de Jésus au monde, plus haute que celle du Christ Rédempteur de Rio ! Suite à un accident, Jacek se retrouve malheureusement complètement défiguré. Après avoir bénéficié de la première transplantation de visage au monde et des mois de rééducation, le jeune homme peut enfin rentrer chez lui. Mais les regards portés sur lui ne sont plus du tout les mêmes…


Ours d’argent de la meilleure réalisatrice en 2015 pour le très étrange Body (film ésotérique sur la frontière entre le corps et l’esprit), Malgorzata Szumowska était de retour en février dernier à la Berlinale avec une farce appuyée sur la foi et la croyance en Pologne, qui a décroché le grand prix du jury. La croyance ou plutôt la crédulité et l’hypocrisie. La cinéaste polonaise s’en donne en effet à cœur joie pour décrire la médiocrité de cet environnement rural. Et ce dès la première scène : l’ouverture des soldes de Noël en sous-vêtements, où de pauvres hères acceptent de se déshabiller pour se disputer quelques postes de télés à écran plat à moins 70 %…

Le ton est posé, celui du mépris de classe avec lequel la réalisatrice de Cracovie regarde ces "paysans", ces ploucs dont la bêtise et la vulgarité n’ont d’égal que leur alcoolisme et leur bigoterie. Du curé à la petite amie, en passant par le beau-frère ou la sœur, aucun personnage n’est épargné par Malgorzata Szumowska. Laquelle souhaiterait jeter un pavé dans la marre en offrant à la Pologne un grand film anticlérical. Malheureusement, elle manque de courage, en refusant de s’en prendre à l’église en tant qu’institution de domination des masses polonaises. Choisissant la facilité, elle s’attaque donc à ses fidèles, aussi médiocres dans leur vie quotidienne et leurs aspirations que ne l’est le film lui-même…

Réalisation : Malgorzata Szumowska. Scénario : Malgorzata Szumowska et Michał Englert. Photographie : Michał Englert. Musique : Adam Walicki. Montage : Jacek Drosio. Avec Mateusz Kosciukiewicz, Agnieszka Podsiadlik, Małgorzata Gorol, Roman Gancarczyk, Anna Tomaszewska… 1 h 31.

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