Ironie du sort : Liu Yifei, l’actrice sino-américaine qui incarne Mulan est née à Wuhan, foyer du Covid-19, dont l’irruption a perturbé la sortie mondiale de ce blockbuster, jusqu’à imposer sa sortie directement sur la plateforme Disney+.

Les quelque 200 millions de budget se voient à l’écran. Un peu moins dans le scénario, décalque simple et sans plus-value de l’original animé de 1998. Une nouvelle invasion des Huns, dont le chef (Jason Scott Lee) est épaulé par Xian Lang (Gong Li), chamane aux pouvoirs surnaturels, menace l’empire chinois.

La mobilisation est décrétée : chaque famille doit envoyer un fils dans l’armée. Hua Zhou (Tzi Ma), vétéran invalide de la guerre précédente, n’a pas d’héritier. Il se prépare néanmoins à servir l’empereur (Jet Li). Mais sa fille, Mulan (Liu Yifei) prend sa place en se faisant passer pour un garçon.

Tel un Jedi doué de la Force, Mulan est animée par un “chi” surdéveloppé. À force d’emprunts et de fusions de studios, on ne sait plus qui emprunte quoi à qui à Hollywood . Toutes les recettes se ressemblent.

La légende de Hua Mulan, dont les studios Disney se sont inspirés pour un film d’animation en 1998, se déroule au Ve siècle de notre ère. Dans la version 2020 en images réelles (ou supposées telles), on y voit ce qui ressemble à la Cité interdite (XVe siècle), des communautés rurales qui vivent dans des HLM fortifiés (dont le mobilier ferait la fortune d’un antiquaire) et une adolescente casse-cou qui recolle l’aile d’une sculpture de phénix grâce à une pâte translucide. Les Chinois avaient-ils inventé la super-glue en sus de la poudre ?

Asian gaze ou female gaze ?

Mais foin d’exactitude historique. Mulan est une fantasy, option heroic, voire super-héroïque, pour rester dans l’ère du temps. C’est du grand spectacle pour kids and girls. Donc haut en couleur. La direction artistique a mis le paquet sur celles-ci – notamment dans les costumes, avec une large dominante rouge dans le camp du Bien (pour complaire au régime de Pékin ?).

Les producteurs ont veillé à éviter toute accusation d’occidentaliser un film inspirée d’un conte traditionnel chinois. Ils alignent des stars chinoises (ou d’origine chinoise) comme Gong Li, Jet Li ou Donnie Yen – sans oublier, donc, Liu Yifei.

Pour la réalisation, il a fallu trancher entre l’asian gaze et le female gaze. Les producteurs ont opté pour le second, avec la Néo-Zélandaise Niki Caro. Elle exploite les décors et les couleurs naturelles de son île natale. Caro ne démérite pas, mais n’apporte pas l’énergie débridée du cinéma d’arts martiaux chinois qu’on aurait pu espérer. C’est propre et efficace, mais l’épique formaté manque de souffle.

Même bémol pour l’héroïne. Liu Yifei est un brin falote et lisse face à son antagoniste, Gong Li, figure la plus charismatique du film. Elle ne dira pas “Mulan, je suis ta mère” même si les deux femmes se ressemblent, proscrites car puissantes, donc menaces pour le pouvoir des hommes.

Mais Mulan connaît sa place. Le sous-texte féministe est atténué pour une morale plus insistante (et horripilante, à force d’être répétée) sur les valeurs familiales. Vertu que l’empereur inscrit sur le sabre remis à la vaillante. Être une femme indépendante et combative, c’est bien, mais être une bonne fille qui fait honneur à son père, c’est mieux. Comment dit-on “plafond de verre” en mandarin ?