Cinéma

Malgré un palmarès quasi sans fautes ces dernières années, avec des Lions d’or marquants comme "Hana-Bi" de Kitano (1998), "Le Cercle" de Panahi (2000), "Vera Drake" de Mike Leigh (2005), "Le secret de Brokeback Mountain" d’Ang Lee (2006), "Still Life" de Jia Zhang-ke (2006) ou encore "The Wrestler" d’Aronofsky (2008), la Mostra de Venise est un festival en crise.

A cause, tout d’abord, d’un sous-financement chronique par le gouvernement berlusconien et les autorités locales. Lequel, de façon très concrète, se traduit depuis deux ans par un trou béant devant le Casino, bâché pour échapper au regard des festivaliers. Soit les fondations du nouveau "Palazzo del cinema", qui aurait dû être inauguré cette année à l’occasion des 150 ans de l’unité italienne. Sur un budget total de 100 millions, 30 sont déjà partis en fumée. Le projet est aujourd’hui abandonné et les travaux à l’arrêt, comme l’a annoncé le ministre de la Culture Giancarlo Galan en plein festival de Cannes ! Un coup dur pour la Mostra, le plus ancien des festivals de cinéma, créé en 1932 par le pouvoir mussolinien. En l’absence de marché du film et de structures d’accueil suffisantes au Lido, elle subit de plein fouet la concurrence de rendez-vous majeurs comme Cannes et Berlin mais aussi, désormais, de Toronto ou Rome. Alors, histoire de montrer que la Mostra reste attractive (malgré des travaux annoncés à l’Excelsior et la fermeture de l’Hôtel des bains, les deux palaces accueillant les stars), la "Sala grande" a été rénovée selon son aspect originel de 1937 pour 3,8 millions d’euros, tandis que l’autre grande salle, la "Darsena", fera peau neuve en 2012.

Malgré cette volonté affichée de donner du sang neuf à la doyenne des festivals, reste, pour exister, à composer une sélection convaincante, qui réussisse le grand écart entre un cinéma populaire susceptible de médiatiser la manifestation et un cinéma d’auteur capable de lui conserver sa crédibilité. Directeur artisitique de la Mostra depuis 2004, Marco Müller a essuyé des critiques ces dernières années, accusé d’avoir échoué sur les deux tableaux. Incapable, vu son budget limité, de faire venir les grands films hollywoodiens, tout en ne jouant pas son rôle de tête chercheuse ou même de vitrine du cinéma italien (bien des réalisateurs transalpins privilégiant Cannes).

Pour la dernière édition de son mandat -mais aussi la dernière de Giancarlo Galan, le président de la Biennale de Venise, qui a englobé la Mostra en 2006- Müller a voulu faire taire les mauvaises langues. Sa dernière sélection officielle est, en effet, très riche ! Le festival s’ouvrira ainsi ce soir avec "Les ides de mars", quatrième film d’un habitué de la Mostra, George Clooney. Jusqu’au 10 septembre, le Lido accueillera ensuite quelques-uns des plus grands noms du cinéma mondial : Roman Polanski ("Carnage"), Alexandre Sokourov ("Faust"), David Cronenberg ("A Dangerous Method"), Todd Solondz ("Dark Horse"), Abel Ferrara ("4:44 Last Day on Earth"), William Friedkin ("Killer Joe"), Philippe Garrel ("Un été brûlant"), etc. Mais aussi, hors compétition, Steven Soderbergh ("Contagion"), Al Pacino ("Wilde Salome") et Todd Haynes (avec sa série pour HBO "Mildred Pierce"). Tous viennent joliment accompagnés. De quoi assurer des tapis rouges très glamour, où défileront Kate Winslet, Matt Damon, Marion Cotillard, Philip Seymour Hoffman, Paul Giamatti, Monica Bellucci, Jodie Foster Tandis que, venue présenter hors compétition son second film "W.E." (sur le couple Edward VIII-Wallis Simpson), Madonna fera, elle aussi, certainement crépiter les flashes des paparazzi !

Mais Müller a également su séduire la jeune garde du cinéma d’auteur. Après "Persépolis", Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud reviennent avec "Poulet aux prunes", les Italiens Emanuele Crialese et Nadia Comencini présentent respectivement "Terraferma" et "Quando la notte", l’Anglaise Andrea Arnold sa version des "Hauts de Hurlevent" et le Suédois Tomas son adaptation de "La Taupe" de John Le Carré. Tandis que l’Anglais Steve McQueen est très attendu avec "Shame", son second long métrage après "Hunger" (Caméra d’or à Cannes en 2008), et l’Israélien Eran Kolirin ("La visite de la fanfare") avec "The Exchange". Au jury de Darren Aronofsky de départager tout ce beau monde

Si cette 68e Mostra est à ce point enthousiasmante, c’est aussi que les bonnes surprises se trouvent dans toutes les sections. Dans les "Orizzonti", se cachent ainsi "I’m Carolyn Parker", documentaire de Jonathan Demme, "Sal" de James Franco ou encore "Le petit poucet" de Marina De Van. Alors que les "Giornate degli autori" proposeront quelques films francophones prometteurs : "Café de flore" du Québécois Jean-Marc Vallée ("C.R.A.Z.Y."), "Présumé coupable" de Vincent Garenq avec Philippe Torreton et "Toutes nos envies" de Philippe Lioret, avec Vincent Lindon et Marie Gillain.

A noter enfin que la Belgique sera bien représentée à Venise. Sept ans après "Demain, on déménage", Chantal Akerman dévoilera, hors compétition, "La folie Almayer". Connu pour ses courts métrages expérimentaux, Nicolas Provost présentera, lui, dans les "Orizzonti", son premier long, "L’envahisseur", produit par Versus. Des "Orizzonti" qui seront clos par l’artiste flamand Wim Vandekeybus avec l’étrange "Monkey Sandwich". Tandis que John Shank fera ses débuts aux "Giornate degli autori" avec "L’hiver dernier", produit par Tarantula.