A 6 ans, le petit Kurt Barnet visite avec sa tante Elisabeth (Saskia Rosendahl) une exposition à Dresde. On est en 1937 et cette expo itinérante est consacrée à "l’art dégénéré", celui de ces peintres et sculpteurs contemporains, souvent juifs, qui ont révolutionné les codes de la figuration et inventé l’abstraction. Une hérésie pour le régime nazi. La jeune fille et le petit garçon ne peuvent pourtant se cacher qu’ils sont sensibles à ces œuvres, prétendument sorties d’esprits malades… Schizophrène, Elizabeth est internée dans un hôpital psychiatrique dirigé par le Pr Seeband (Sebastian Koch), qui ordonne sa stérilisation…

On retrouve Kurt (Tom Schilling) après la guerre. Jeune étudiant aux Beaux-Arts, cette fois en République démocratique allemande, où on le forme à un art socialiste très officiel. Lequel, même s’il commence à se faire un nom, ne lui sied guère… Le jeune homme se réfugie dans son amour pour la jeune Ellie Seeband (Paula Beer), dont il ne sait pas qu’elle est la fille du médecin responsable de la mort de sa tante. Ayant échappé à l’épuration, Seeband est devenu un ponte de la médecine en RDA.

Treize ans après La vie des autres , Florian Henckel Von Donnersmarck effectue avec Werk Ohne Autor un retour remarqué en Allemagne et à l’Histoire. Et il y a plus d’un parallèle entre les deux films, puisqu’il est à nouveau question ici d’un artiste (un peintre cette fois) confronté aux vicissitudes de l’histoire allemande du XXe siècle.

Quand l’esthétique est politique

Si Henckel Von Donnersmarck ne retrouve pas la force brute de La vie des autres (où il se mettait dans la peau d’un officier de la Stasi chargé des écoutes d’un intellectuel dissident en RDA), il reste un formidable raconteur d’histoire, grâce à une mise en scène classique mais très efficace. Se déroulant sur un quart de siècle, Werk ohne Autor reste, malgré ses trois heures, toujours intéressant, presque sans temps mort, tant les thèmes abordés se révèlent passionnants.

Dans son dernier film, inspiré de la vie et de l’art du peintre Gerhard Richter (cf. ci-contre), le cinéaste propose en effet un questionnement esthétique sur l’histoire de l’art moderne et contemporain. Des expos sur l’Art dégénéré et de la mise en valeur d’un art germanique dans l’Allemagne nazie aux contraintes du réalisme socialiste en RDA, en passant par l’art contemporain conceptuel et individualiste représenté par la figure de Joseph Beuys en RFA. Comme autant de reflets des sociétés qui ont accouché de ces courants artistiques.

Excellent directeur d’acteurs, Florian Henckel Von Donnersmarck a su composer un casting sans faille pour incarner cette réflexion, qui n’apparaît jamais théorique. Face à l’excellent Tom Schilling (découvert dans Les particules élémentaires d’Oskar Roehler en 2006, d’après Michel Houellebecq), on retrouve la douce Paula Beer, dont la carrière explose depuis le Frantz de François Ozon mais aussi l’excellent Sebastian Koch, qui jouait déjà dans La vie des autres, mais que l’on a aussi vu dans la série Homeland ou dans The Danish Girl .

Werk Ohne Autor / Never Look Away Drame historico-artistique De Florian Henckel von Donnersmarck Scénario Florian Henckel von Donnersmarck Avec Tom Schilling, Sebastian Koch, Paula Beer, Saskia Rosendahl… Durée 3 h 09.

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