En mars dernier, Never Rarely Sometimes Always fut l’un des grands chocs de la 70e Berlinale, salué par Jeremy Irons et son jury, qui lui ont remis le Grand Prix, quelques semaines après que ce film intense a été récompensé à Sundance.

Dans la plus grande tradition du cinéma indépendant américain, Eliza Hittman signe un long métrage percutant, qui en dit long sur l’état de délabrement de la société américaine. Un film coup de poing qui aurait mérité une sortie sur grand écran, tant l’expérience qu’il propose est puissante. Malheureusement, le troisième long métrage de la cinéaste est l’une des nombreuses victimes de la crise sanitaire et est donc sorti directement en streaming…

L’impossible avortement aux États-Unis

Eliza Hittman, qui a notamment travaillé sur la série Netflix 13 Reasons Why (qui traitait la question du suicide chez les adolescents), raconte une histoire simple. Lycéenne moquée par ses camarades et par son père, Autumn (Sidney Flanigan), 17 ans, se rend au planning familial de sa petite ville de Pennsylvanie. Le test est positif et l’échographie indique 10 semaines de grossesse. On lui conseille l’adoption du futur bébé, tout en lui montrant une vidéo sur "l’horrible vérité" de l’avortement. Comprenant ce qui se passe, sa cousine Skylar (Talia Ryder) n’hésite pas à piquer dans la caisse du supermarché où elles travaillent - leur patron est de toute façon un gros vicelard - pour qu’elles puissent s’acheter deux billets de bus pour New York, où Autumn a rendez-vous dans une clinique de Brooklyn.

Campée par l’émouvante Sidney Flanigan (jeune chanteuse très convaincante dans son premier rôle au cinéma), voilà une héroïne qu’on a bien du mal à imaginer au XXIe siècle. Et pourtant, dans un style naturaliste, Hittman décrit la triste réalité pour les jeunes filles ayant eu la malchance de vivre au fin fond des États-Unis, où l’avortement n’est même plus une option - et on ne parle même pas de l’Alabama, où il a été quasiment interdit. C’est donc son véritable parcours de combattante pour mettre fin à une grossesse non désirée que l’on vit physiquement aux côtés de cette jeune fille épuisée, moralement et physiquement.


Féministe et documentaire

Film ouvertement féministe - qui dénonce le patriarcat, met en scène la solidarité féminine et où les personnages masculins sont quasiment absents -, Never Rarely Sometimes Always impressionne par sa vision quasi documentaire de la société américaine. Notamment dans une incroyable scène pivot, un long plan-séquence qui explique le titre étrange du film et qui a offert l’une des scènes les plus marquantes de cette étrange année ciné 2020…

Disponible sur AppleTV (4,99€ location/11,99€ achat) et GooglePlay (5,99€/10,99€).

Never Rarely Sometimes Always Drame naturaliste Scénario & réalisation Eliza Hittman Photographie Hélène Louvart Musique Julia Holter Montage Scott Cummingsr Avec Sidney Flanigan, Talia Ryder, Théodore Pellerin… Durée 1h41.

© D.R.