Le cinéma coréen décroche son tapis rouge dans les festivals internationaux, bon an mal an. Fruit autant d’une politique culturelle volontariste que d’une cinématographique dynamique, à défaut d’être toujours originale ou innovante.

Démonstration avec Night in Paradise, film noir calibré aux multiples influences ou inspirations, auréolé d’une sélection au dernier Festival de Venise et acquis par Netflix.

Scénariste habitué du genre

Le film est signé par Park Hoon Jung, scénariste de J’ai rencontré le diable de Kim Jee Woon, et de The Injust de Ryoo Seung-wan, représentatifs du polar bibimbap au cours de la dernière décennie. Comme la moyenne des mets coréens, Night in Paradise ne lésine pas sur les épices.

Après avoir vengé la mort de sa sœur et de sa nièce, le gangster Tae-Gu (Tae-Go Eom) se met au vert sur une île, sous la protection d’un vétéran reconverti dans le trafic d’armes. La nièce de son hôte (Jeon Yeo-bin) traîne une sale humeur, orpheline et atteinte d’un mal incurable. Même pas le temps d’esquisser une idylle car en guise de rameau d’olivier de la guerre des gangs qui ravage Séoul, la tête de Tae-gu est mise à prix. La meute débarque.

Le titre est trompeur : il n’y a rien de nocturne ni de paradisiaque ici. Entre Sonatine (pour le vague à l’âme du mafieux face au Pacifique) et Kill Bill (pour les hécatombes en série et un final furieux), Night in Paradise s’apparente plutôt un voyage au bout de l’enfer sans transit.

Au choix, on adhérera sans (trop) faire la fine bouche ou on sera lassé rapidement du concours de grimaces des patibulaires mafieux qui confine à la surenchère de clichés (le sadique blasé, le fourbe veule, le flic ripou).


Gradation de la violence

Appliqué, Park Hoon Jung coche les cases pendant que ça cogne, que ça surine et que ça flingue à l’écran.

La gradation de la violence et le taux de létalité sont exponentiels depuis le premier règlement de comptes dans un sauna (ou comment dézinguer un parrain et ses gardes du corps quand on est nu comme un ver) au dernier dans un resto balnéaire (Uma Thurman et ses 88 font figure de laborieux amateurs à côté) en passant par l’imposée déclinaison de la légendaire baston du couloir du Old Boy de Park Chan-wook (avec ici en guise d’espace sans issue l’habitacle d’une voiture).

Au milieu des poncifs et de la violence démonstrative, et de quelques longueurs, on distingue un contre-pied plutôt logique quant au destin du "héros" et une unique figure féminine qui braque (et sauve) le film. Grâce à Jeon Yeo-bin, il passe sans le vouloir le test de Bechdel haut la main.

Night in Paradise Film noir bibimbap De Park Hoon Scénario Park Hoon Avec Eom Tae-Go, Jeon Yeo-bin, Cha Seung-won, Ho-San Park,… Durée 2h11.

© D.R.

Disponible sur Netflix