The Hater / Le Goût de la haine

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Depuis Corpus Christi (qui sort ce mercredi 7/10 en salles), Jan Komasa a déjà signé un nouveau film, The Hater ** (Le goût de la haine), fable glaçante sur l’avenir de l’Europe qui a obtenu le prix du meilleur film de fiction au festival de Tribeca à New York en début d’année. Toujours scénarisé par Mateusz Pacewicz, le film est sorti en Pologne cinq jours avant la fermeture des salles. Une catastrophe pour ses producteurs, le film ayant été produit sans aucune aide publique. Disponible sur Netflix depuis le mois de juillet, The Hater met en scène Tomasz, un étudiant en droit aux dents longues engagé dans une boîte de communication. Il y est notamment chargé de pourrir la campagne d’un candidat démocrate à la mairie de Varsovie. Pour ce faire, le jeune homme va attiser la haine sur les réseaux sociaux et instrumentaliser un jeune militant d’extrême droite. De façon troublante, le film semblait annoncer l’assassinat, quelques semaines après la fin du tournage, de Pawel Adamowicz, le maire de Gdansk.

  "Dans Corpus Christi, le personnage principal veut faire le bien. Dans The Hater, il veut au contraire voir le monde brûler, commente Komasa. C’est une allégorie sur la mort de la démocratie. Je voulais effrayer le spectateur en lui montrant où celle-ci finissait. J’aime cet élément de peur au cinéma, qu’utilisent Haneke, Von Trier ou Polanski. J’ai peur de l’apocalypse de notre société, de ce qui se profile, de la montée du rationalisme, du conservatisme… En tant que réalisateur, je cherche une façon de vous instiller ce sentiment de peur un bref moment, pour initier un débat. Les plus grandes tragédies naissent du manque de discussion, de débat. Et pour moi, le cinéma est une forme de dialogue." H.H.

Thriller politique De Jan Komasa Scénario Mateusz Pacewicz Avec Maciej Musiałowski, Vanessa Aleksander, Agata Kulesza, Danuta Stenka... Durée 2h16 (Netflix)

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Je veux juste en finir / I’m Thinking of Ending Things

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Sur la route pour rencontrer les parents de son nouveau conjoint, Lucy (brillante Jessie Buckley) est taraudée par l’idée de rompre avec Jake (Jesse Plemons). L’art du dialogue et de la voix off de Charlie Kaufman nous plonge d’emblée dans ce voyage au bout de l’enfer du couple. Les parents de Jake (formidables Toni Collette et David Thewlis) en forment l’inquiétant aboutissement, croque-mitaines potentiels d’une belle-fille éperdue. Par ses doutes, son spleen et ses multiples personnalités, Lucy rappelle la Clementine d’ Eternal Sunshine of the Spotless Mind (2004). Cette adaptation du roman de Iain Reid mêle le drame intime sous le prisme des codes de l’ American Gothic et abonde en citations stimulantes (Lynch, Cassavetes, Freud, Debord, David Foster Wallace). L’œil révélateur de Lukasz Zal, directeur photo de Cold Wa r, transcende le petit écran de l’éclat du grand. À voir en miroir du récent Shirley de Josephine Decker. A.Lo.

Psychose intimiste De Charlie Kaufman Scénario Charlie Kaufman Avec Jessie Buckley, Jesse Plemons, Toni Collette, David Thewlis... Durée 2h14 (Netflix)

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Le Diable, tout le temps / The Devil All The Time

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Mis en ligne il y a quelques semaines sur Netflix, Le Diable, tout le temps est l’adaptation d’un roman homonyme publié en 2011 par Donald Ray Pollock, dans lequel l’auteur de polars met en scène des personnages évoluant autour de sa ville natale de Knockemstiff, un bled paumé de l’Ohio. Le film nous plonge ainsi dans l’Amérique rurale de 1957, à la rencontre d’une galerie de personnages en souffrance, marqués par le destin et la violence. Porté par un très beau casting (avec notamment Robert Pattinson, Eliza Scanlen ou Mia Wasikowska), ce film, construit uniquement autour de seconds rôles, est un polar noir de noir, qui explore la dépendance de l’Amérique traditionnelle à ses valeurs. Et notamment à la religion, représentée ici par une série de pasteurs dévoyés. Malgré un côté décousu, Antonio Campos signe un film très atmosphérique, nous plongeant dans une Amérique vénéneuse, marquée par l’héritage de la violence et du mal.. H.H.

Thriller vénéneux De Antonio Campos Scénario Antonio Campos Avec Tom Holland, Eliza Scanlen, Mia Wasikowska, Robert Pattinson… Durée 2h18 (Netflix)

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Enola Holmes

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Sherlock Holmes n’en finit plus de connaître de nouvelles itérations. La romancière américaine Nancy Springer (également créatrice de Rowan Hood, la fille de Robin des Bois), l’a flanqué d’une petite sœur, dont Legendary Pictures adapte la première aventure et que Netflix diffuse. On cible les ados, plus précisément les adolescentes, avec cette variante féminine du détective, incarnée par Millie Bobby Brown (la Eleven de Stranger Things coproduit du haut de ses 16 ans !). Le célèbre frérot étant joué par Superman (aka Henry Cavill), il fallait Helena Bonham Carter pour interpréter leur Mother (dont la disparition suscite l’enquête). Le récit virevolte de manoir rural en château aristo, jusqu’aux docks de Londres via le Poudlard Express. À l’iconographie victorienne ,se greffe une narration (trop ?) moderne : Enola s’adresse au spectateur, rompant le quatrième mur. Le détournement féministe laissera les puristes rabiques so shocked, mais l’effronterie d’Enola ravit. A.Lo.

Classique revisité De Harry Bradbeer Scénario Jack Thorne (d’après les romans de Nancy Springer) Avec Millie Bobby Brown, Henry Cavill, Helena Bonham Carter, Sam Claflin… Durée 2h03 (Netflix)

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