Valérie Donzelli fut révélée, encensée à Cannes en 2011 avec La guerre est finie puis déchiquetée, pulvérisée, toujours à Cannes en 2015 avec Marguerite et Julien. Aujourd’hui, la pause est finie. Elle est de retour derrière et devant la caméra avec une comédie… sur Notre-Dame de Paris.

Coup de bol, les prises de vues eurent lieu avant l’incendie ? Ou mauvais coup, le sujet est-il encore trop chaud pour prêter à rire ? À la réflexion, ce serait plutôt un coup d’avance. En effet, le film raconte les tribulations d’une architecte qui a gagné le concours - pas de la nouvelle flèche mais presque -, d’un nouvel aménagement de l’esplanade de Notre-Dame, conciliant patrimoine, religion et tourisme.


Fameux coup de théâtre puisque Maud Crayon a remporté la prestigieuse compétition sans même y participer. Coup de théâtre suivi d’un coup de foudre pour le journaliste venu recueillir la première déclaration de la lauréate.

Sa vie s’améliore-t-elle pour le coup ? On s’est rendu compte que son existence n’était pas simple avec ce patron tyrannique, deux enfants dont un préadolescent remonté, et un ex-mari qui ne se résout pas à partir.

A la sauce Donzelli

Hé bien dans ce contexte, Valérie Donzelli tient le coup et le cap, celui de la comédie romantique. On connaît son principe : deux partenaires, que tout oppose au début, vont se tomber dans les bras à la fin.

Elle prépare la recette à sa sauce en y ajoutant avec son ingrédient, l’ex-mari. L’architecte et le journaliste ne pensent qu’à ça dès le début mais l’ex est toujours là quand il ne faut pas. La sauce Donzelli, on la connaît. Elle y met ce qui lui passe par la tête. Parfois c’est bon, parfois ça reste sur l’estomac, mais c’est toujours plein de fantaisie, ce qui convient bien à une comédie.

Par exemple, pour trouver de l’argent, elle loue son appart en Airbnb. Les clients sont américains et quand ils arrivent, le film devient un musical because An American in Paris. Autre exemple, des claques se perdent dans Paris ; un running gag, plutôt brutal. Il y a des gags qu’on ne voit pas venir, dont celui que va produire le nom du journaliste, Bacchus Renard.

De sacrés acteurs sont nécessaires pour tenir la route en décalage contrôlé. Du genre Philippe Katerine ou Bouli Lanners. Pierre Deladonchamps prouve qu’il est tous terrains, Isabelle Candelier campe un maire de Paris en mode givrée et puis il y a une belle découverte, Thomas Scimeca.

Quant à Donzelli, elle doit être ainsi au naturel, d’autant que ce scénario farfelu se nourrit de sa propre vie et de ses réflexions sur la liberté artistique. L’événement déclencheur du scénario est peut-être cette affaire du sex toy de la place Vendôme, la sculpture gonflable de l’artiste Paul McCarthy qui provoqua une belle polémique. Comme la Tour Eiffel, 130 ans plus tôt, souleva une pétition virulente signée par Maupassant, Zola, Garnier et bien d’autres personnalités contre "cette construction qui allait défigurer la capitale". Il en est ainsi, ce qui était d’avant-garde hier devient patrimoine le lendemain. Un constat qui aurait tout de même gagné en force si le projet contesté de l’esplanade n’avait pas été aussi moche.

Notre dame Comédie personnelle De Valérie Donzelli Avec Valérie Donzelli, Pierre Deladonchamps, Thomas Scimeca, Bouli Lanners, Isabelle Candelier, Philippe Katerine Durée 1h 35.

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