Cinéma

A l’heure où Avengers : Endgame sort dans les salles et clôture un vaste chapitre du Marvel Cinematographic Universe, voici un petit top 10, tout en subjectivité, parmi les 22 films de celui-ci (nous n’avons donc pas pris en compte les adaptations de créations Marvel par d’autres studios, comme les X-Men ou Deadpool). Une manière aussi de rappeler comment les fils de l’intrigue finale ont été tissés. Pas de spoiler du dernier, promis.


10. Captain America: The First Avenger (2011)


Nous avons un peu réévalué avec le recul les débuts de Captain America, que nous trouvions plombés par une structure mécanique et une esthétique trop noire. Après l’échec des deux Fantastic Four, Chris Evans y trouva le rôle de sa vie (jusqu’ici) et un beau contrat (sept films et quelques caméos). Au fil de la saga du MCU, il s’est avéré un parfait point focal du personnage et de la trame générale - introduisant la première Pierre de l’Infini et la double fêlure de Cap, homme sorti de son temps et privé de l’amour de sa vie (Hayley Atwel). Malgré sa disparition forcée, elle est restée une “présence” de la saga, outre la série spin-off tirée de son personnage. Cet éternel regret et retour fantasmatique trouve dans Avengers : Endgame une parfaite (et poignante) conclusion. Accordons aussi à Joe Johnston d’avoir su éviter de livrer un film au patriotisme bêlant tout en préservant au personnage sa dimension boy-scout originale - qui sera raillée par ses comparses jusqu’au final.


9. Iron Man (2008)


Impossible de ne pas mentionner le premier film officiel du MCU, même s’il a déjà pris un coup de vieux (un seul super-héros, un seul méchant, une intrigue des plus classiques, des effets spéciaux aujourd’hui à la portée du premier étudiant en FX venu). Mais dans le ton et le dosage humour/premier degré/action, Jon Favreau jette les bases de l’univers et offre à Robert Downey Jr. une deuxième carrière mirobolante. Avec Captain America, Tony Stark est le vrai fil conducteur de la totalité des films. Ce n’était ni forcément prévu, ni gagné d’avance. A l’arrivée, un premier carton milliardaire en dollars.


8. Avengers: Age of Ultron (2015)


Après le premier opus, très réussi, Joss Whedon répétait un peu trop le canevas (les hordes grouillantes de robots de la baston finale ressemblaient à des copier-coller des aliens du premier…). Le film nous avait déçu en son temps. Mais le réalisateur réussissait un beau méchant (Ultron) et, surtout, offrait aux fans un magnifique nouvel héros, Vision, avec un Paul Bettany parfait en androïde omniscient et zen, capable de trouver de la beauté dans le chaos du monde et l’imperfection humaine. Si Whedon avait assumé de faire mourir Jeremy Renner (ce vers quoi tout le scénario tendait), le film aurait gagné une note tragique et posé un jalon (à l’aune des meilleurs comics) qui aurait donné aux suivants un surcroît de tension dramatique. Jusqu'à Endgame, et contrairement aux comics, aucun personnage principal n'est jamais mort dans le MCU.


7. Ant-Man (2015)


Hors les Iron Man, un des meilleurs “loners” (films centrés sur un personnage) du MCU. Paul Rudd apporte non seulement le même humour décalé que Robert Downey Jr, mais aussi une humanité touchante (et rare) à son personnage de père repris de justice tâchant de se racheter par amour pour sa fille. Dans une relation pas moins compliquée (l’harmonie règne rarement dans les familles Marvel), Michael Douglas est une des meilleures guest-stars vieillissantes, tandis qu’Evangeline Lilly attend son heure, qui viendra dans Ant-Man and the Wasp (2018). Malgré une intrigue plan-plan et une réalisation à peine plus inspirée, une surprise rafraîchissante qui rendit le MCU accessible à un plus grand nombre. Après un caméo réussi dans Civil War, la contribution d'Ant-Man s’est avéré décisive dans Endgame.


6. Captain America : The Winter Soldier (2014)


Peut-être le plus sous-estimé des bons MCU, qui marque le galop d’essai des frères Anthony et Joe Russo - devenus piliers du genre et réalisateurs les plus crédités de la saga. On retient la relation/fausse romance entre la Veuve noire et Cap, joliment menée. La place laissée à la première fit espérer, alors, qu’un film lui soit consacré - mais l’agenda de Scarlett Johansson ne l’a jamais autorisé. La réflexion en sous-texte sur les dérives sécuritaires (et l’automatisation de la répression) n’était pas outrée (sinon prémonitoire), mais suintait aussi la paranoïa complotiste - qui mine nos démocraties. L’idée que le S.H.I.E.L.D. est une couverture pour les véritables ennemis de l’Amérique n’est pas sans ironie au regard des interrogations sur l’entourage de l’actuel président américain. Enfin, elle tend à Cap un miroir en la personne de son double/frère ennemi - soulignant leur malédiction commune de soldats-mercenaires, simples pions sur l’échiquier des puissants. Le film plante aussi les germes du contentieux, capital, entre Cap et Iron Man. On y découvre enfin Sam Wilson (Anthony Mackie) qui n’a jamais vraiment trouvé sa pleine place - encore que la fin de Endgame lui ouvre une petite porte.


5. Guardians of the Galaxy (2014)


Cette adaptation d’une série SF seventies n’était pas écrite dans les astres dès le départ, avec son matériau kitsch et délirant (un raton-laveur qui parle, flanqué d’une plante humanoïde, une tueuse extraterrestre verte et un héros qui vole dans l’espace avec des bottes-réacteurs…). James Gunn l'adapte avec ce qu’il faut de folie, d’humour et d’oeillades référentielles, surfant au passage avec bonheur sur le revival eigthies. Transcendant l’antienne des tous les films MCU avec sa famille dysfonctionnelle d’orphelins désaxés, ce space western s’avère indispensable au grand oeuvre projeté par le producteur-démiurge Kevin Feige avec ses deux soeurs ennemies, Gamora (Zoe Saldana) et Nebula (Karen Gillan), filles adoptives de Thanos - crypto-Némésis de toute la saga. La suite n’offrait plus la même surprise, avec sa structure un peu trop calquée sur le premier (défaut récurrent des suites MCU). Mais elle proposait une évolution déterminante de la relation entre Gamora et Nebula, capitale dans le dyptique Infinity War/Endgame.


4. Captain America: Civil War (2016)


Ce deuxième “all-star” movie de la saga - réunissant alors tout ce que le MCU compte de super-héros - est quasiment un épisode des Avengers. Il pose mine de rien la question du cycle de la vengeance et de la violence, plus celle des milices et de la justice privée (très concrète, aux Etats-Unis). Les frères Russo continuent de faire leurs armes, avec brio, démontrant leur capacité à faire exister chaque personnage dans un film-chorale. Le “méchant” (Daniel Brühl) est un des plus beaux : dénué de tout pouvoir, hanté par un drame personnel, il met pratiquement en pièces les Avengers en les montant les uns contre les autres. Le film introduit Black Panther (un peu sous-exploité, alors) et, surtout, relance sur la toile Spider-Man - examen de passage réussi haut la main par Tom Holland.


3. Thor: Ragnarok (2017)


Incontournable pour la création des Avengers - et l’intrigue des Pierres de l’Infini - Thor fut un personnage compliqué dès les débuts. Un demi-dieu issu de la mythologie nordique, qui parle comme Hamlet - sérieusement ? Kenneth Branagh et Alan Taylor ont fait ce qu’il ont pu sur les deux premiers opus, mais Taika Waititi a trouvé dans Ragnarok le savant dosage de second degré, d’action et de kitsch assumé, pour tempérer la dimension pompeuse du personnage - au plus grand bénéfice de Chris Hemsworth. De surcroît, le film offrit à Mark Ruffalo/Hulk un retour en fanfare et fournit la première vraie méchante du MCU (numéro un, tous sexes confondus) en la personne d’Hela, parfaitement incarnée par Cate Blanchett, dans un beau mélange de grandiloquence et de folie. Sans oublier la Valkyrie alcoolo de Tessa Thompson.


2. Black Panther (2018)


Le Marvel qui bouleverse tous les standards : un super-héros non seulement noir mais aussi pleinement africain, une gynécée solide pour l’épauler (Lupita Nyong'o, Danai Gurira, Angela Bassett). Ryan Coogler a relevé le défi avec brio, offrant à son Creed de Michael B. Jordan un beau rôle de méchant. L’afro-futurisme des décors du Wakanda apporte un renouveau intéressant. A l’arrivée, le film bat tous les records de recettes du MCU (et dément la vieille règle hollywoodienne, selon laquelle un film avec un héros issu d'une minorité ne peut pas séduire le public au-delà de celle-ci). Si T’Challa joue un peu les utilités dans Infinity War/Endgame, son retour est déjà programmé. Mais la barre a été placée très haut.


1. The Avengers (2012)


Honneur au premier all-star movie du genre, avec cette victoire des nerds : Joss Whedon assemble Iron Man, Captain America, Thor, Hulk, la Veuve noire et Hawkeye/Clint Barton (plus Nick Fury).. Il réussit le cocktail humour et emphase assumée, propre aux comics - dont il a lui-même été abreuvé, capitalisant sur les bonnes bases des deux premiers Iron Man (Robert Downey Jr drive le casting) et l’atout majeur des Thor (l’excellent Tom Hiddleston, dans le rôle du méchant Loki). Tout en prenant son matériau au sérieux, il assume le côté léger et outrageusement spectaculaire du matériau d’origine. Il livre son lot d’images iconiques pour les fans (la bagarre entre Iron Man et Thor, l’Héliporteur du S.H.I.E.L.D., le last stand dans les rues de New York). Il jette aussi les bases d’un beau film fantasmé qui n’a jamais vu le jour (Les aventures de Black Widow et Hawkeye). Premier à remettre en scène des séquences de destruction massive dans les rues de New York dix ans après le 11 Septembre, il célèbre dans un spectacle décomplexé la résilience de la Grosse Pomme - tout en forçant les suivants à la surenchère, pour le meilleur (parfois) et pour le pire (souvent).


L’outsider

Doctor Strange (2016)


Malgré une polémique (on aurait pu louer Marvel d’avoir féminisé le personnage de l’Ancien, on lui a reproché de l’avoir “blanchi”), le film vaut pour son générique trois étoiles, où chacun donne le meilleur de son registre : Benedict Cumberbatch, Mads Mikkelsen et Tilda Swinton ont permis de réussir une adaptation aussi casse-gueule que les Thor, (Docteur Strange est un maître des arts mystiques…). A la réalisation, Scott Derrickson réussit un beau combat surréaliste dans un New York transformé en tableau d’Escher. Moins indispensable qu’on a pu le croire pour le diptyque Infinity War/Endgame et plutôt réduit à de la figuration dans le second, le personnage a surtout offert aux scénaristes prétexte à de bonnes punchlines dans ses joutes avec Tony Stark - au profit des comédiens. Quant à savoir si la phase suivante du MCU parviendra à capitaliser sur lui, seul la double vision de Doc Strange pourrait nous y aider.