La 59e édition du Festival du film de Berlin touche à sa fin. Le jury se prononcera ce 14 février au soir. Coïncidence : celui-ci, présidé par une femme, l’actrice Tilda Swinton, aura vu défiler sur les écrans une série particulièrement importante de premiers rôles féminins parmi les quatorze films en compétition. On en a encore découvert un dans "La Teta Asustada", celui traumatisé et constamment apeuré de Fausta (Magally Solier), une indienne quechua qui souffre du "lait de la douleur", une affection transmise par le lait maternel des femmes maltraitées ou violées à l’époque des combats du Sentier Lumineux, au Pérou. Signé par la benjamine de la sélection, Claudia Llosa, 32 ans, "La Teta Asustada" est une chronique réaliste teintée de poésie et porteuse d’espoir.

Mais le cinéma et les médias sont des amants cruels. Autant les nouveaux visages ont fasciné, autant les flashs ont le plus souvent crépité pour les icônes célèbres, fussent-elles déchues ou mauvaises, comme Renée Zelwegger, tout en moues et frémissements du menton (sait-elle jouer autrement ?) dans "My One and Only" de Richard Loncraine. Demi Moore a d’autant plus retenu l’attention qu’elle ne fut présente qu’une poignée d’heures. L’ancienne femme fatale des années 90 opère un come-back dans "Happy Tears", dont elle partage la vedette avec Parker Posey. Le Mitchell Lichtenstein (fils de Roy) a eu la (fausse) bonne idée d’en faire deux sœurs antagonistes, faisant face à la déchéance physique et mentale de leur père Joe (Rip Torn). Usant du contre-emploi, Lichtenstein fait de Posey la sexy et futile, Moore endossant les pantalons baggy et les chemises à fleurs de la sœur écolo. "Laura est la soeur toujours débordée, celle qui prend soin des autres. Le lien entre ces deux soeurs vient du fait que chacune recherche chez l’autre ce qui lui manque", a précisé Demi Moore lors de la conférence de presse à propos de son personnage. Si le film peine à trouver un bon équilibre entre son thème grave et un traitement tantôt onirique, tantôt littéralement absurde (avec une morale ambiguë), il met en avant des femmes contraintes de prendre des décisions cruciales. Evoquant l’une des questions posées par le film, Demi Moore, faisant allusion à son étoile ternie, a déclaré : "Je fais certainement primer la famille sur le travail, qui est seulement une occupation, un cadeau que vous fait la vie."

Autre icône revenue à l’avant-plan, avec plus de bonheur, Michelle Pfeiffer est également en compétition à la Berlinale, avec "Chéri" qui marque ses retrouvailles avec Stephen Frears. Dans cette adaptation de Colette, Michelle Pfeiffer incarne Léa, une courtisane qui développe une relation passionnée avec Chéri (Rupper Friend), le fils, séducteur et égoïste, d’une de ses "consœurs". Difficile de ne pas regarder "Chéri" comme un reflet des "Liaisons dangereuses", première collaboration, il y a vingt ans, entre Pfeiffer et Frears. Le long plan final sur le visage de Léa n’est pas sans rappeler celui de Glenn Close à la fin des "Liaisons". A propos de passage du temps - cruciale pour les courtisanes du film comme pour les actrices -, Michelle Pfeiffer a précisé que, s’il est vrai que "plus on vieillit, moins on vous propose de rôles", "les rôles deviennent plus intéressants. Et comme j’arrive à un moment de ma vie où je n’ai pas envie de travailler tout le temps, cela me convient"