Dix-sept ans, déjà, que Bill Murray succombait au charme indolent de Scarlett Johansson, le temps d’un tournage Lost in Translation au Japon. Coup de maîtresse pour Sofia Coppola et retour en grâce pour le comédien.

Peut-on raviver la flamme ? Question pour le comédien et la réalisatrice, dont une partie de la réponse tient par défaut à la nature de la production. Voici un "Apple Original Film", production destinée donc à la plateforme de la firme de Cupertino. Il sera en ligne le 23 octobre en Belgique. Dans l’intervalle, le Palace bruxellois a décidé de le proposer en exclusivité sur ses grands écrans. Prestige des têtes d’affiche, sans doute, mais source de confusion cinéphile quand des films pensés pour les salles obscures (que nous défendons dans ces pages) n’y arrivent plus, monopolisés par les géants du streaming, et que d’autres, conçus d’emblée pour ces derniers, s’y faufilent en loucedé.

Peut-on raviver la flamme ? La question se pose aussi, à l’écran, pour Laura (Rashida Jones), qui soupçonne son mari Dean (Marlon Wayans), toujours absent, de la tromper avec une jeune et jolie assistante. Elle vaut aussi pour Felix (Murray), le père de Laura, qui tente de rattraper le temps perdu avec sa fille. Ou de compenser avec celle-ci la compagnie qu’il ne parvient plus à obtenir des jeunes femmes qu’il drague impunément.

Quelle fille dont le père a trompé la mère et sacrifié sa famille à ses aventures extraconjugales et ventes d’art, se tournerait vers lui comme conseiller matrimonial ? Improbable situation dans laquelle s’enferre Laura.

Il est vrai que Felix y met beaucoup du sien, lui qui professait à sa fille, enfant, de "ne jamais donner son cœur à garçon". Mari volage mais père vraisemblablement jaloux, donc, il use de son aisance financière pour combler sa fille et ses petites-filles de cadeaux, la traîner de resto en bar chic comme pour mieux lui faire miroiter - fort de son expérience - ce que Dean offrirait à sa maîtresse.

C’est Bill Murray qui régale

Felix monte le bourrichon de Laura, qui résiste tant que faire se peut à l’hypothèse (sans doute que le souvenir des infidélités de son père l’aide à y croire). Comme c’est Bill Murray qui régale et affabule, on se laisse prendre au jeu, même quand il assène des théories fumeuses sur le besoin séculaire des mâles de suivre leurs pulsions. Comme le décor est planté à New York, on pense (un peu) à Woody Allen, qui se serait amusé avec ce tandem père-fille s’improvisant chasseurs d’adultère.

Le hic, pour le père et le spectateur, c’est que ni Laura ni Sophia n’ont le cœur à rire. "Quand as-tu cessé d’être drôle ?", demande Felix à sa desperate housewife de fille. On se demande si elle le fut jamais. Les moments où le film s’anime sont périphériques au faible enjeu de ce drame artificiel : la logorrhée de la mère que Laura croise à l’école, Murray s’improvisant crooner sur une plage mexicaine ou amadouant un flic pour faire sauter un PV.

Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse. Mais ici, le flacon est vide. Reste Bill Murray en guise de garniture du cocktail suggéré par le titre. Tout juste rafraîchissant, même sur l’écran du salon.

On the Rocks Comédie dramatique De Sofia Coppola Scénario Sofia Coppola Avec Bill Murray, Rashida Jones, Marlon Wayans, Jessica Henwick,… Durée 1h36.

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