Il était une fois à Hollywood était la tête de gondole du dernier festival de Cannes, le produit d’appel de la 72e édition. Brad et Leonardo sur les marches, un scénario tenu secret… Certains ont fait la file plus de sept heures pour assister à la projection du film dont tout le monde parlait sans l’avoir vu. Et après l’avoir vu, plus personne n’en parlait. La tarantinesque baudruche s’était dégonflée.

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Super Brad

Rick Dalton (Leonardo DiCaprio) est la vedette d’une série western, un chasseur de primes dont les téléspectateurs commencent à se fatiguer. Il est inséparable de Cliff Booth (Brad Pitt), son cascadeur, sa doublure et désormais son chauffeur depuis qu’on lui a retiré son permis. C’est que Rick a tendance à picoler depuis qu’il sent sa carrière glisser. Géographiquement toutefois, sa situation reste prestigieuse puisque ses voisins de villa hollywoodienne ne sont autres que Roman Polanski et sa charmante femme Sharon Tate (Margot Robbie), les symboles du nouvel Hollywood.

Pour le remettre en selle, un producteur (Al Pacino) a d’ailleurs conseillé à Rick de tenter l’aventure des westerns en Italie. On pense que Tarantino va brosser le portait d’un Clint Eastwood au creux de la vague, dans les années 60, avant d’être relancé par Sergio Leone. Pas vraiment, le récit glisse alors sur le personnage de Brad Pitt, qui enquête sur une petite communauté, présentée comme des hippies, qui ont fait main basse sur le ranch d’une lointaine connaissance.


Indolent, le long métrage - on peut le dire puisqu’il est tourné en argentique - avance au rythme des tarantinades, ces scènes que le réalisateur répète, film après film. Ça commence dès le prologue avec une petite séquence noir et blanc. Puis, c’est une virée dans une rutilante Cadillac, au son d’une playlist des tubes des sixties, de Mrs Robinson à Billy Joe Royal et son Hush.

On connaît le fétichisme du réalisateur pour les pieds, on est donc rapidement fixé sur les pompes de ses deux vedettes. Il s’attardera plus longuement sur les bottes blanches de Sharon Tate et les pieds nus d’une hippie posés sur le pare-brise.

La spécialité du réalisateur de Pulp Fiction, ce sont de longues scènes dialoguées. Celle entre Al Pacino et DiCaprio est lumineuse. Les acteurs savourent ces morceaux de bravoure. Leornardo est bien servi. L’acteur fétiche de Scorsese se délecte en comédien de seconde zone non sans talent quand il arrête de cabotiner. Quant à Brad Pitt, il incarne l’équivalent masculin de la pin-up et finit par prendre le premier rôle, même lorsqu’il donne la réplique à son chien, lequel a d’ailleurs remporté la Palm dog.

Une désinvolture coupable

Les saynètes s’enchaînent et Tarantino y déploie son sens de la formule - notamment lorsque Rick qualifie Cliff d’"un peu plus qu’un ami et un peu moins qu’une épouse" -, son goût de la pop culture, sa capacité à reconstituer une époque. Interprétés par des acteurs de premier choix, ce sont autant de moments qui recréent une atmosphère et font passer le temps agréablement, sans toutefois constituer un véritable récit charpenté par une tension dramatique. On atteint patiemment la traditionnelle explosion finale d’ultra-violence. Mais cette fois, le malaise est d’autant plus grand que, comme dans Inglourious Basterds, Tarantino réécrit l’histoire, l’assassinat de Sharon Tate par les disciples de Manson, avec une désinvolture coupable.

Il y a des titres qui imposent le respect. Appeler son film Once Upon a Time… in Hollywood, c’est challenger Once upon a Time in America de Sergio Leone, qui est au cinéma ce que À la recherche du temps perdu est à la littérature. Tarantino, lui, est au film ce que Guillaume Musso est au livre, une tête de gondole.

Once Upon a Time… in Hollywood/Il était une fois à Hollywood Fantaisie historique De Quentin Tarantino Scénario Quentin Tarantino Photographie Robert Richardson Avec Leonardo DiCaprio, Brad Pitt, Margot Robbie, Emile Hirsch, Dakota Fanning Durée 2h45

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