En février dernier, Christian Petzold était de retour à la Berlinale - deux ans après y avoir présenté l’intrigant Transit - avec Ondine, une version berlinoise du mythe germanique des ondines, ces créatures féminines aquatiques qui peuplent rivières, étangs et fontaines. Une fable contemporaine qui a séduit la critique internationale, laquelle lui a remis le Prix Fipresci. Tandis que le jury de Jeremy Irons remettait l’Ours d’argent de la meilleure actrice à Paula Beer, qui, comme dans Transit, partage l’affiche avec Franz Rogowski.

Révélée par François Ozon dans Frantz , la jeune comédienne allemande campe donc Undine, jeune et jolie historienne travaillant pour le Département sénatorial pour le développement urbanistique, une institution berlinoise qui possède de superbes maquettes de la ville. Alors qu’elle vient de se faire larguer violemment par son petit ami, elle a le coup de foudre pour Christoph (Rogowski), un jeune plongeur industriel. Un coup de foudre pas banal, puisqu’au moment de leur rencontre dans un café, les deux tourtereaux sont submergés par l’eau d’un aquarium qui vient de se briser…

Relecture urbanistique de la légende

Depuis L’Ondine de l’étang des frères Grimm, les versions de la légende sont innombrables, en littérature, en musique, en opéra, au cinéma… Christian Petzold en propose une lecture toute personnelle. Sans s’éloigner du conte, dont il assume pleinement la dimension fantastique, le cinéaste l’intègre en effet dans un contexte réaliste, celui du Berlin et de l’Allemagne d’aujourd’hui.

Bâtie sur d’anciens marécages à partir du XIIIe siècle, n’ayant cessé, depuis, de s’agrandir et de se modifier - que ce soit à cause des bombardements de la Seconde Guerre mondiale ou de la réunification à partir de 1990 -, Berlin est l’un des personnages principaux d’Ondine qui, comme elle, a traversé le temps. Petzold filme une ville moderne, entièrement reconstruite, mais parvient à lui conserver un charme quasi médiéval, en choisissant avec soin ses angles de caméra pour créer une atmosphère d’étrangeté. Pour autant, Ondine n’est pas qu’une balade le long de la Spree. Ce que filme Petzold, c’est aussi une histoire d’amour passionnelle et impossible, entre deux êtres différents, qui se connaissent sans réellement se connaître. Un thème déjà présent dans Transit , Barbara ou Phoenix .

Comme souvent chez Petzold en effet, l’amour ne peut être qu’inconditionnel et rendu tragique par les circonstances. Un amour sublimé par deux acteurs magnifiques de naturel. Comme pour Petzold, tout semble en effet sans effort pour la délicate Paula Beer, à la fois séductrice, inquiétante et déchirante, et pour Franz Rogowski. Découvert dans Transit, revu dans le magnifique Une valse dans les allées ou dans A Hidden Life de Terrence Malick, voila l’un des jeunes premiers les plus inattendus du cinéma. Qui a su faire de son handicap physique (un bec-de-lièvre qui lui confère une diction très particulière), un atout. Rogowski est en effet toujours fascinant à regarder. Et rajoute une couche de mystère à une histoire d’amour totalement envoûtante.

Ondine / Undine Conte contemporain Scénario & réalisation Christian Petzold Photographie Hans From Avec Paula Beer, Franz Rogowski, Maryam Zaree, Jacob Matschenz… Durée 1h31.

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