Présenté en séance spéciale à la Mostra de Venise en septembre dernier, One Night in Miami débarque sur Prime Video ce vendredi. Cette production originale Amazon imagine la rencontre entre quatre grandes figures afro-américaines, réunies, la nuit du 25 février 1964, pour célébrer la victoire de Cassius Clay (Eli Goree) face à Sonny Liston. Dans une chambre d’un motel réservé aux Noirs, outre le boxeur, on retrouve Malcom X (Kingsley Ben-Adir), le crooner Sam Cooke (Leslie Odom Jr.) et le joueur de football américain Jim Brown (Aldis Hodge). Le jeune Cassius a une grande annonce à faire à ses amis : il s’apprête à se convertir et à rejoindre la Nation of islam pour devenir Mohamed Ali…

Cette rencontre à Miami entre le champion poids lourds et le porte-parole de Nation of islam - qui a été la cheville ouvrière de la conversion de Mohamed Ali, même s’il tournera le dos à Malcom X quelques mois plus tard quand ce dernier quittera la Nation - est attestée historiquement. Elle était notamment racontée il y a un an dans le documentaire Netflix Qui a tué Malcolm X ?. La réunion avec Sam Cooke et Jim Brown, elle, est une invention de Kemp Powers, dans sa pièce One Night in Miami en 2013, dont il signe lui-même une adaptation soignée.

Pour son premier long métrage derrière la caméra, l’actrice Regina King s’attaque donc à un sujet éminemment politique, en explorant l’identité afro-américaine, comme le faisait Barry Jenkins dans le magnifique Si Beale Street pouvait parler , dans lequel elle avait d’ailleurs décroché l’Oscar du meilleur second rôle. Et ce au moment où la mort de George Floyd réveillait le mouvement Black Lives Matter. Une actualité qui donne toute son épaisseur à One Night in Miami.


Mener la bataille culturelle

Intelligemment, Regina King ne cherche pas à cacher l’origine théâtrale de son film. De la pièce, elle en conserve en effet la substance : ces dialogues passionnants entre quatre icônes de la culture noire américaine, qu’elle met en scène avec beaucoup d’élégance, avec un soin particulier aux lumières et grâce au talent de ses quatre comédiens. Ce qui frappe dans ces échanges très bien écrits, c’est combien peu de choses ont changé véritablement aux États-Unis en 75 ans. Évidemment, l’heure n’est plus à la ségrégation institutionnalisée. Pourtant, les questions de représentativité se posent toujours exactement dans les mêmes termes et le combat contre le racisme systémique qui gangrène la société américaine n’a pas changé.

Pour aborder ces thèmes, Kemp a choisi avec soin ses stars : l’idéaliste politique radical (Malcom X), le jeune chien fou influençable (Cassius Clay), le sportif qui tente une reconversion à Hollywood (Jim Brown) et le chanteur qui a conquis jusqu’aux midinettes blanches (Sam Cooke). Tous incarnent une facette de l’identité afro-américaine. Et si Malcom X a beau jeu de reprocher aux deux derniers leurs compromissions vis-à-vis des élites blanches, Cooke peut lui rétorquer qu’à travers ses bluettes, il a sans doute fait bien plus pour la cause noire que lui avec ses discours enflammés. Entre ces quatre figures, Regina King refuse évidemment de choisir, l’actrice oscarisée se reconnaissant sans doute en chacune d’entre elles…

One Night in Miami Drame De Regina King Scénario Kemp Powers (d’après sa pièce) Musique Terence Blanchard Avec Kingsley Ben-Adir, Eli Goree, Aldis Hodge, Leslie Odom Jr., Lance Reddick, Beau Bridges, Michael Imperioli… Durée 1h54.

© D.R.

Disponible dès vendredi sur Prime Video.