Le film "Parasite" du réalisateur sud-coréen Bong Joon-ho est entré dimanche dans la légende des Oscars en devenant le premier long-métrage en langue étrangère à obtenir le prix du "meilleur film", récompense phare d'Hollywood.

Déjà Palme d’or à Cannes, le film de Bong Joon-Ho a fait carton plein à Hollywood. Le cinéaste sud-coréen est reparti avec quatre statuettes, dont celle du meilleur film. Une première pour un film en langue étrangère. Par ailleurs, Joaquin Phoenix et Renée Zellweger ont décroché sans surprise les prix d'interprétation.

Très critiquée, comme chaque année, pour le manque de diversité dans ses nominations, jugées trop masculines, trop blanches, l'Académie des Oscars semble avoir entendu le message. Contrairement aux Golden Globes et aux Bafta, qui avaient vu triompher 1917 de Sam Mendes, c'est un film asiatique qui est sorti le grand vainqueur de la 92 cérémonie des Oscars, qui s'est déroulée dans la nuit de dimanche à lundi à Los Angeles: Parasite. Après sa Palme d'or en mai 2019, le Sud-Coréen Bong Joon-ho peut désormais aligner quatre Oscars sur son étagère... Et s’honorer de devenir, après Billy Wilder (pour Le Poison en 1946) et Delbert Mann (pour Marty en 1956), le troisième réalisateur à avoir décrocher la récompense suprême à Cannes et à Los Angeles pour le même film.

Le triomphe modeste de Bong Joon-ho

Si le prix du meilleur film international (nouvelle appellation, saluée par le cinéaste sur scène, du prix du meilleur film en langue étrangère) était acquis à Parasite , ce polar familial hors du commun, qui aborde la lutte des classes en Corée en racontant comment une famille pauvre en vient à s’insinuer dans la vie d’une famille riche, s'est progressivement imposé au fil de la soirée comme le grand gagnant de ces 92es Oscars. Alors que Bong Joon-ho montait une seconde fois sur scène pour venir chercher les prix du meilleur scénario, on a compris que Parasite pouvait rêver mieux. Bien mieux!

Le Sud-Coréen a en effet réussi le doublé meilleur film-meilleur réalisateur, une première pour un film non-anglophone. Si The Artist de Michel Hazanavicius avait, lui aussi, fait le doublé en 2010, il s'agissait d'une coproduction américaine et surtout d'un film muet. Bong Joon-ho (pas un inconnu à Hollywood, puisqu'il avait réalisé Okja pour Netflix) a d'ailleurs plaisanté, en glissant que, derrière la barrière "des 2 cm de sous-titres" , pouvait se cacher un film... Très modeste, le cinéaste a surtout salué les autres nommés au titre de meilleur réalisateur: "Martin (Scorsese), j’ai tellement étudié vos films à l’école. Je ne pensais pas remporter l’Oscar. Merci Quentin (Tarantino) d’avoir toujours cité mes films. Sam (Mendes) et Todd Phillips, je vais couper la statuette pour la partager avec vous. Je vais vraiment boire jusqu’au petit matin . "

Scorsese, lui, a pu boire jusqu'au petit matin mais pour oublier... Comme aux Golden Globes, The Irishman a été totalement snobé au palmarès, malgré ses 10 nominations. Une sacrée claque pour Netflix, qui peut se consoler avec le prix du meilleur second rôle féminin très logiquement attribué à Laura Dern, géniale dans Marriage Story de Noah Baumbach. Seule femme en lice pour le meilleur film, la compagne de ce dernier Greta Gerwig a dû se contenter des costumes pour sa belle adaptation des Filles du Dr March .

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Côté masculin, Brad Pitt s'est, à nouveau, imposé pour son second rôle dans Il était une fois… à Hollywood (seul prix important pour le film de Tarantino, sur 10 nominations). Malgré son Golden Globe et son Bafta, le comédien s'est dit "un peu sous le choc" , en empochant son premier Oscar en tant qu'acteur (il en avait déjà eu un comme producteur de Twelve Years a Slave de Steve McQueen en 2014), 30 ans après ses débuts aux côtés de Geena Davis dans Thelma et Louise de Ridley Scott, qu'il a remerciés, pour lui avoir "donné (sa) première chance" . "Maintenant, il est temps de disparaître et de retourner faire des films" , a-t-il conclu, très ému.


Phoenix et Zellweger, logiquement

Les Oscars de la meilleure actrice et du meilleur acteur ont été sans surprise également. Renée Zellweger signe un come-back réussi dans Judy , où elle campe une Judy Garland en fin de parcours, tentant de remonter une dernière fois sur scène à Londres quelques mois avant sa mort... Se retrouvant sans doute dans le destin chaotique de la star hollywoodienne après avoir elle-même connu un long passage à vide durant les années 2010, l'actrice se montre particulièrement juste et émouvante dans ce biopic soigné signé par l'Anglais Ruppert Goold.

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De son côté, Joaquin Phoenix a composé un éblouissant Joker, un vrai "rôle à Oscar" pour lequel l'acteur américain a perdu plus de 20 kilos et pour lequel il livre une grande composition, saluée par ses pairs. Grand favori de la cérémonie avec 11 nominations, le film de Todd Phillips a également empoché la statuette de la meilleure musique originale, composée par l'Islandaise Hildur Guðnadóttir. Laquelle contribue en effet grandement à l'atmosphère sombre de ce comic pas comme les autres, déjà récompensé du Lion d'or à Venise en septembre.


"1917", perdant de la soirée

Le vrai perdant de la soirée, c'est finalement 1917. Le film de guerre du Britannique Sam Mendes remporte, certes, trois Oscars, mais pour des prix techniques: photographie (pour l'impressionnant travail de Roger Deakins), mixage son et effets spéciaux.


A noter encore le doublé historique de Pixar, qui remporte un second Oscar après celui de Toy Story 3 pour Toy Story 4. Une première pour une franchise d'animation. Et Disney peut également se réjouir du prix de la meilleure adaptation attribué au Néo-Zélandais Taika Waititi pour Jojo Rabbit d'après le livre Le ciel en cage de l'écrivain belge-néo-zélandaise Christine Leunens. Seule touche belge du palmarès, alors que Delphine Girard, en course avec Une soeur (avec Veerle Baetens, en photo) dans la catégorie court métrage, s'est inclinée face à The Neighbor’s Window de Marshall Curry.

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Le Palmarès complet

  • Meilleur film: Parasite de Bong Joon-ho
  • Meilleur réalisateur: Bong Joon-ho pour Parasite
  • Meilleure actrice: Renee Zellweger dans Judy
  • Meilleur acteur: Joaquin Phoenix dans Joker
  • Meilleur scénario original: Bong Joon-ho & Han Jin Won pour Parasite
  • Meilleur scénario adapté: Taika Waititi pour Jojo Rabbit , d'après le livre Le ciel en cage de Christine Leunens
  • Meilleur acteur dans un second rôle: Brad Pitt dans Il était une fois… à Hollywood
  • Meilleure actrice dans un second rôle: Laura Dern dans Marriage Story
  • Meilleur film international: Parasite de Bong Joon-ho
  • Meilleur film d’animation: Toy Story 4 de Josh Cooley, Mark Nielsen et Jonas Rivera
  • Meilleur court métrage d’animation: Hair Love de Matthew A. Cherry & Bruce W. Smith
  • Meilleur documentaire: American Factory de Steven Bognar, Julia Reichert & Jeff Reichert
  • Meilleur court métrage documentaire: Learning to Skateboard in a Warzone (If You’re a Girl) de Carol Dysinger
  • Meilleur court métrage: The Neighbor’s Window de Marshall Curry
  • Meilleure musique originale: Hildur Guðnadóttir pour Joker
  • Meilleure chanson originale: (I’m Gonna) Love Me Again interprétée par Elton John & Taron Edgerton dans Rocketman
  • Meilleure photographie: Roger Deakins pour 1917
  • Meilleur montage: Michael McCusker & Andrew Buckland pour Le Mans 66 (Ford v. Ferrari)
  • Meilleur montage son: Donald Sylvester pour Le Mans 66 (Ford v. Ferrari)
  • Meilleur mixage son: Mark Taylor & Stuart Wilson pour 1917
  • Meilleurs décors: Barbara Ling et Nancy Haigh pour Il était une fois… à Hollywood
  • Meilleurs effets spéciaux: Guillaume Rocheron, Greg Butler et Dominic Tuohy pour 1917
  • Meilleurs costumes: Jacqueline Durran pour Les Filles du Dr March
  • Meilleurs maquillages et coiffures: Kazuhiro Tsuji|Kazu Hiro, Anne Morgan et Vivian Baker pour Scandale (Bombshell)