Est-ce un rêve ? Est-ce une fuite ? La vue d’un sublime paysage ardennais réveille chez deux potes des envies de grands espaces, d’aventures, de rencontres, de liberté

Réveille, car en sortant des études secondaires, ils étaient plusieurs à en rêver de ces grands voyages qui coupent le cordon et forment la jeunesse. Mais Simon est parti à la ville, s’est essayé à la vie de couple pour finalement constater qu’elle n’était pas faite pour lui. Il est revenu vivre chez ses parents. Julien, lui, n’a pas quitté le village, est resté près de son papa souffrant.

Revoilà donc Simon et Julien, quelques années plus tard, mais toujours au même point, quand ce vieux rêve vient leur faire un petit "coucou, vous revoilou !".

Un rêve ou une fuite ?

Leur idée, celle de Simon surtout : partir en mobile home. On s’arrête où on veut, quand on veut. Et si on a besoin d’argent, on fait un petit boulot sur place : les vendanges, la cueillette des fruits, etc. Et quand on en a marre, on repart. Après tout, rien ne les retient. C’est par où Saint-Pétersbourg ?

C’est tout bête mais pour pouvoir s’arrêter où on veut et quand on veut, il faut être parti. Techniquement, ils sont partis. Mais Simon comme un voleur, sans même dire au revoir à ses parents. Son véhicule n’était pas encore arrivé au village suivant que la voiture de papa et maman grossissait dans le rétroviseur. Confondant 4x4 et camping-car, il a voulu les semer dans les chemins de terre. Et voila le camping-car immobilisé sur le parking d’un garage avec une belle ardoise à payer avec des petits boulots. La maman de l’un et le papa de l’autre passent d’ailleurs régulièrement, l’une pour laver le linge et l’autre pour un Mayday informatique.

Un village, deux maisons, deux post-ados, un mobile home; on peut réussir un excellent film avec peu de chose. Ce qui est indispensable, on l’oublie trop souvent, c’est le scénario. Celui-ci est signé par le réalisateur François Pirot qui a fait ses classes comme scénariste auprès de Joachim Lafosse.

Pourtant ce n’est pas un scénario en béton, ni une mécanique de précision : il s’agit plutôt de capter l’air du temps, le parfum d’une génération qui sait ce qu’elle ne veut pas - vivre comme ses parents -, mais cela s’arrête là. Simon, c’est la belle grande gueule, séducteur, beau parleur, jouant mieux de la guitare que de la bêche lors du premier petit boulot : déraciner les sapins pour Noël.

Julien, c’est le gentil, le timide, le sensible, le planqué aussi. Il est resté auprès de son papa car celui-ci allait mal, car il n’avait pas trop envie de se frotter au monde, non plus. D’ailleurs, s’il n’avait pas été aussi influençable, il ne serait jamais monté dans ce mobile home. Ces deux-là ne sont pas Stanley et Livingstone, des explorateurs dans l’âme; ils ont la racine facile, on ne les dépote pas aisément. Mais l’aventure attend parfois au coin de la rue.

Ce premier film de François Pirot ne fait pas penser une seconde au cinéma de Joachim Lafosse mais bien à celui de Manuel Poirier, celui de "Western", ce road-movie breton et à pied, de 15 kilomètres à tout casser. Dans les Ardennes, Pirot sait, lui aussi, imprimer un ton irrésistible, brosser des personnages savoureux, croquer leur force d’inertie, s’amuser de leur incapacité à se décider, tout en observant avec malice la vie de couple de deux garçons.

Bien écrit, bien scruté, "Mobile Home" est aussi bien casté. En beau gosse, Arthur Dupont (Simon) dégage ce quelque chose qui a imposé Romain Duris dans "Le péril jeune". Guillaume Gouix (Julien), le policier de "Poupoupidou", l’amant de "Hors les murs" de David Lambert, apporte, lui, désarroi et profondeur à un rôle plus en retrait mais jamais effacé. Et les seconds rôles, dont Jackie Berroyer, sont épatants de naturel.

Après la génération mobylette, une nouvelle génération du cinéma belge est en route. Celle du "mobile home" ? On se souviendra que le cinéma de "Torpedo" ne roulait pas mal non plus.

Réalisation : François Pirot. Scénario : François Pirot, Maarten Loix, Jean-Benoît Ugeux. Image : Manuel Dacosse. Avec Arthur Dupont, Guillaume Gouix, Jean-Paul Bonnaire, Claudine Pelletier, Jackie Berroyer 1h35.