Employé de bureau chez Technical Difficulties, une boîte technologique sans âme, Greg Wittle (Owen Wilson) rêve d’une autre vie, qu’il dessine au crayon, d’une main assurée: une maison au bord d’une mer turquoise, une piscine entourée de murs en pierres et une femme séduisante... Son existence est, il est vrai, plutôt terne. Divorcé, accroc aux médocs, Greg ne voit quasiment plus ses enfants, malgré l’insistance de sa fille Emily (Nesta Cooper). Alors, quand son patron l’appelle dans son bureau pour le virer, c’en est trop! L’employé modèle bouscule son boss, le tue accidentellement et cache son corps. Avant d’aller se jeter un double whisky dans le bouge d’en face.

Là, il tombe sur Isabel (Salma Hayek), mi-clocharde, mi-diseuse de bonne aventure mexicaine qui affirme pouvoir modifier le monde qui les entoure, totalement artificiel, selon elle. D’un coup de baguette magique, elle transforme ainsi la mort du patron en suicide, pour éviter des ennuis à Greg, dans lequel elle reconnaît un être « réel », évoluant, comme elle, au milieu d’une simulation... Convaincu, le bonhomme décide de suivre cette femme bizarre et charismatique et s’enfonce avec elle dans les strates interlopes de Los Angeles...

© Amazon Studios

De la S-F indé

Découvert à Sundance en 2011 avec Another Earth, petit film de S-F indépendant malin coécrit avec la comédienne Brit Marling (connue, depuis, pour l’étrange série Netflix The OA, dans le même esprit psyché), Mike Cahill signait trois ans plus tard I Origins, toujours avec Brit Marling et Michael Pitt, où il s’agissait à nouveau pour lui de mêler philosophie et science pour réfléchir à l’existence humaine et à ce qui fait de nous des individus. Ces deux films imaginaient en effet des sortes de doubles des personnages — grâce à l’apparition d’une seconde Terre dans le premier, via la découverte de morts à l’iris identique à celui des vivants dans le deuxième. Rien d’étonnant pour un jeune cinéaste ambitieux qui cite comme influence majeure La Double Vie de Véronique de Krzysztof Kieślowski…

On retrouve exactement les mêmes ingrédients dans Bliss (félicité en français), produit par Amazon Studios. Métaphore de notre désir de plus en plus grand d’échapper à une réalité de toujours plus oppressante, le troisième long métrage de Mike Cahill met en effet à nouveau en scène des êtres dédoublés, vivant de part et d’autre d’une « simulation », sans savoir réellement où se trouve la « vraie » vie.

Manque de cohérence

Puisant dans la philosophie (avec cette bonne vieille allégorie de la caverne de Platon), Cahill s’essaye à un Matrix sans action (ou presque), à une élégante fable de science-fiction emmenée par deux comédiens attachants: Owen Wilson en gars paumé, en qui on se reconnaît facilement, et une Salma Hayek savoureuse dans un double rôle.

Sauf que, si l’on est séduit par l’idée du film — réfléchir sur notre besoin d’évasion dans d’autres réalités, virtuellement plus heureuses —, on l’est un peu moins par sa mise en oeuvre, assez brouillonne, voire confuse… À tel point qu’on ressort de Bliss un peu perdu, tant le discours paraît hésitant, voire contradictoire. Dénonçant notre statut d’aliénés au sein d’une société détraquée, avant de clamer qu’il n’y a qu’une réalité et qu’il faut s’en contenter…

© Amazon Studios

Bliss Film de science-fiction Scénario & réalisation Mike Cahill Photographie Markus Förderer Musique Will Bates Avec Owen Wilson, Salma Hayek, Nesta Cooper, Madeline Zima... Durée 1h44

© Cote LLB