Cinéma Dans les Andes du XVIe siècle, deux enfants affrontent maîtres incas et conquistadors.

Récit initiatique, façon Tom Sawyer des Andes, Pachamama suit le périple de Tepulpaï au début du XVIe siècle. Un peu paresseux et égoïste, ce garçonnet échoue lors de la cérémonie annuelle du passage à l’âge adulte, dans son village où l’on vénère Pachamama, déesse de la Terre-mère.

Incas et monstres de métal

Mais Tepulpaï a le courage de se lancer sur les pistes dangereuses de la Cordillère des Andes pour récupérer la statue en or de Huaca, dieu protecteur de son village, dérobée par le percepteur cupide du Grand Inca, qui domine la région. Dans son périple, il est accompagné et aidé par la non moins courageuse et plus sérieuse Naïra.

Sur le chemin de la capitale inca Cuzco, les deux enfants affrontent divers dangers avant de croiser un messager épuisé qui, avant de mourir, les supplie de prévenir le Grand Inca de l’arrivée des "monstres de métal" - dans lesquels le spectateur moderne reconnaîtra les conquistadors espagnols. Naïra imagine de négocier ce message capital contre la restitution de Huaca. Mais la teneur du message provoque la colère du Grand Inca. Le lendemain, les conquistadors attaquent la cité, en quête d’or.

Pachamama allie les contraires. Complexe et simple à la fois. Luxuriant visuellement, avec sa 3D stylisée au rendu 2D. Une production mondialisée (réalisateur argentin, production française) qui rend hommage à une civilisation disparue. Une réflexion historique critique sur les méfaits de la colonisation qui est aussi un conte écologique face à une urgence bien présente. Tout cela pour un jeune public. Ouf ! Les ambitions de Pachamama de Juan Antin sont grandes.

Happy end de circonstance

Sur la forme, Pachamama en est à la hauteur, œuvre qui se distingue qualitativement (de sa direction artistique à sa musique) du tout-venant du cinéma d’animation familial. On reconnaît la qualité artistique et l’intégrité des films portés par le producteur français Didier Brunner (des Triplettes de Belleville à Grand méchant Renard).

Sur le fond, la narration est moins originale ou audacieuse et le message peut-être trop candide face aux enjeux abordés, aussi respectable et noble soit le propos. Le spectateur adulte ne sait que trop bien que le happy end de circonstance n’est, hélas !, qu’une jolie fable. Concession nécessaire qui impliquera sans doute un petit accompagnement pédagogique pour expliquer pourquoi l’harmonie retrouvée par les deux petits héros est un paradis perdu.

Le mérite pourra être d’aborder une réflexion sur le nécessaire respect et équilibre à trouver avec la terre nourricière - par exemple avant de servir la prochaine fournée d’asperges péruviennes ou de bananes brésiliennes récoltées par les Tepulpaï et Naïra d’aujourd’hui.

Pachamama Animation/Aventures (à partir de 6 ans) De Juan Antin Scénario Juan Antin, Patricia Valeix, Olivier de Bannes, Nathalie Hertzberg,… Avec les voix de Andrea Santamaria, India Coenen, Saïd Amadis, Marie-Christine Darah,… Durée 1h12.

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