Un défilé de mode est-il une manifestation subversive ? Il faut sans doute vivre en Algérie pour se poser cette question.

A la nuit tombée, Nedjma et sa meilleure amie font le mur, rasent les façades jusqu’au taxi qui les attend. À peine assise sur la banquette, elles se changent et se maquillent alors que le chauffeur se rince l’œil. Aie, un barrage, elles se couvrent d’un grand voile. La voiture finit par passer l’obstacle, non sans mal, pour les déposer à une fête.

Vont-elles s’éclater sur le dance-floor ? Oui, mais pas tout de suite. Direction les toilettes. Nedjma sort les robes qu’elle a cousues et fait les essayages avec ses clientes. Comme, elles sont ravies, elle peut aller danser. Au petit matin, elle repasse le mur de sa cité universitaire, rejoint sa chambre dortoir, réveille une coloc en lui disant que c’est l’heure de la prière. Très croyante, celle-ci sort son tapis et puis se rend compte que Nedjma, s’est déjà glissée, hilare, comme un coucou dans son lit tout chaud.

Un sacre numéro, Nedjma, Elle déborde de personnalité, de créativité, d’indépendance. Bref, tout ce qui déplaît aux islamistes qui, en ce début des années 90, sont bien décidés de remettre les femmes d’Alger dans le hidjab et à la cuisine. C’est de famille sans doute. Il faut voir la maman de Nedjma, pourtant l’air toute traditionnelle, se moquer des manières de porter le voile. Notamment, pour être certain qu’aucun son ne sortira de la bouche des femmes. Ou pour dissimuler, sensuellement, une kalachnikov.

Nedjma, elle, veut montrer qu’avec le haïk, on peut confectionner autre chose qu’un sac. Et de lancer l’idée d’un défilé.

Fini de rire

Et là, on va arrêter de rire, car pour Nedjma, cela équivaut à entrer dans le maquis. Car ce défilé, c’est s’exposer à la fureur de la Gestapo islamiste déterminée à imposer le hijab à toutes les femmes et à éliminer, s’il le faut, toutes celles qui refusent de s’habiller à la mode d’Allah.

Inspirée par des faits réels, Mounia Meddour met en scène l’héroïsme de ces filles qui se considérèrent comme des êtres humains, à l’égal des hommes, et entendent rester maître de leur destin et de leur garde-robe.

Fluidité, tension, humour : Mounia Meddour signe un quart d’heure inaugural d’une impressionnante maîtrise qu’on ne retrouvera plus ensuite. Emportée par son combat, sa rage, son énergie, son récit se militantise, se radicalise, se manichéise. Même s’il continue de vibrer et d’émouvoir, le film manque de rigueur et s’abandonne au simplisme. Tout le talent de Lyna Khoudri ne parvient pas à cacher les maladresses.

Papicha Drame historique De Mounia Meddour Avec Lyna Khoudri, Shirine Boutella, Amira Hilda Douaouda Durée 1h45.

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