Se retrouvant dans un lieu de villégiature en Pays de Galles du Sud (Australie), Lil (Naomi Watts) et Roz (Robin Wright), deux amies d’enfance, retrouvent l’intimité innocente de leur jeunesse. La première est célibataire, la seconde voit son mari s’éloigner pour raison professionnelle, à Sidney. Seules avec leur fils respectif, Ian (Xavier Samuel) et Tom (James Frecheville), les deux femmes d’âge mûr vont succomber à l’ambiance dionysiaque environnante.

"Les grands-mères" est une nouvelle de l’écrivain sud-africaine Doris Lessing. Anne Fontaine a succombé à ce texte et décidé de l’adapter (avec l’aide du scénariste britannique Christopher Hampton) en respectant la localisation géographique. Choix pertinent qui permet à la réalisatrice française de livrer une chronique amoureuse plus solaire que sulfureuse, où il est surtout question de lien affectif, de peur de vieillir, de désir de maintenir l’utopie d’un cocon familial. Si le temps et la norme finiront par rattraper ce quatuor œdipien, le scénario parvient à éviter la dimension dramatique pour préférer une forme de légèreté et de douceur.

Le caractère sauvage des lieux fait écho au réveil des passions. Formellement, le film permet de confronter l’intime - la majorité des scènes de dialogues sont cadrées en gros plan) - à l’environnement majestueux que le format Scope amplifie. Anne Fontaine et son directeur photo, le Belge Christophe Beaucarne, ont su trouver une mise en scène et une image qui traduisent, du début à la fin, la sensualité de ces amours interdites.

Naomi Watts et Robin Wright y sont magnifiées. Pourtant, une fois n’est pas coutume, deux comédiennes de plus de quarante ans peuvent porter à l’écran leur âge réel (Watts a 44 ans, Wright, 46), sans fard, mais sans misérabilisme. Vecteurs de la séduction, leurs corps peuvent rivaliser avec ces deux Apollons auxquels elles font face. Il fallait peut-être une femme pour les regarder avec un tel amour.

Réalisation : Anne Fontaine. Scénario : Christopher Hamtpon. Avec Naomi Watts, Robin Wright, Xavier Samuel, James Frecheville 1h51