"Le Chant des hommes" raconte une grève de la faim de sans-papiers étrangers. Les réalisateurs ont fait appel à des artistes, eux-mêmes migrants. Plusieurs d'entre eux nous ont livré leur histoire, qui rejoint parfois celle de leurs personnages.

Entre l’histoire de Gernas Shekhmous et celle de son personnage, le Syrien, les similitudes sont nombreuses. Tous deux sont d’origine kurde, tous deux ont quitté la Syrie après s’être heurtés au pouvoir de Bachar al Assad, tous deux ont vécu dans la rue en Belgique et galéré pour obtenir un titre de séjour. "C’est Mary et Bénédicte (les réalisatrices, NdlR) qui m’ont demandé de créer l’histoire de mon personnage. Je ne voulais pas raconter mon histoire, ça aurait été trop difficile de jouer mon propre rôle, mais je m’en suis inspiré", explique le comédien.

Le tournage n’a pourtant pas été simple pour Gernas. "C’était mon rêve de gosse de travailler au cinéma, mais ce film intervient dans un contexte difficile, alors que les événements dans mon pays occupent toute mon attention. Dans chaque scène du film, je revoyais mon histoire. Je retournais à mon ancienne vie."

Cette ancienne vie, c’est celle d’avant 2010, l’année où il a enfin obtenu le statut de réfugié, après onze ans passés en Europe. "Je suis arrivé en Allemagne en 1999, à 18 ans. Je quittais mon pays car je n’y étais pas libre, je ne pouvais pas y faire du théâtre. Toutes mes demandes d’asile ont été refusées, alors je suis passé en Belgique, dans l’espoir de pouvoir rejoindre l’Angleterre. J’ai vécu dans le parc Maximilien pendant un mois, c’était l’été. Puis, on m’a placé dans un centre. Et quatre mois plus tard, j’ai obtenu le statut de réfugié. Je ne sais pas pourquoi ça a marché à ce moment-là. Les procédures d’asile sont tellement aléatoires en Europe."

"Si j’avais pu rester…"

En Belgique, il se sent bien. "Je me sens comme chez moi. C’est assez paradoxal car, même en Syrie, je n’étais pas vraiment chez moi. Etant issu de la minorité kurde, j’ai connu l’exclusion dans mon propre pays. Et aujourd’hui, en tant qu’artiste, j’incarne la voix de la Syrie ! C’est assez fou."

Avec ce premier film au cinéma, qu’il souhaite dédicacer à son peuple, il espère surtout offrir une autre image de l’immigration. "Les gens en Europe croient que les migrants viennent leur voler leur travail et les déranger. Personne n’est heureux d’être réfugié. Si j’avais pu rester chez moi, si j’avais eu la possibilité d’y vivre libre, j’y serais resté. Vous savez, la Syrie a longtemps été une terre d’accueil pour les immigrés des pays voisins. Et aujourd’hui, c’est nous qui fuyons notre pays" , soupire-t-il. "Peut-être que les Belges seront un jour des réfugiés."