Dans Makenzy, son court métrage de fin d’études en 2016, qui oscillait entre documentaire et fiction, Paloma Sermon-Daï filmait un jeune garçon et sa sœur profitant d’une belle journée de printemps. Dans son premier long, c’est son frère Damien et sa mère qu’elle filme, en tirant cette fois clairement du côté du documentaire.


Un vrai regard sur la toxicomanie

La jeune cinéaste nous emmène à Sclayn, un petit village en bord de Meuse, plaçant sa caméra dans la cuisine, dans le salon de sa mère et dans la chambre de son frère, que l’on découvre penché sur une chaise, en train de fumer de l’héroïne. À 43 ans, Damien Samedi est en effet toxicomane depuis plus de 20 ans. Avec l’aide de sa mère, il a cette fois décidé de s’en sortir, en commençant une thérapie, les cures de désintoxication n’ayant servi à rien, sinon à augmenter sa dépendance à la méthadone…

En s’attachant à un sujet qui la touche personnellement, Paloma Sermon-Daï nous invite dans l’intimité d’une famille qui tente de surmonter l’addiction. Optant pour une mise en scène posée, recourant notamment aux longs plans fixes, elle signe un portrait de famille frontal, qui semble ne rien cacher de la douleur, de la difficulté, de la peine et des déceptions. Pourtant, jamais on ne tombe dans le voyeurisme, car la documentariste ne filme pas les moments de crise ouverte ou les inévitables disputes, mais cherche plutôt à capter la relation entre deux êtres pétris d’amour. Pas question en effet ici de discours moralisateurs ou pleurnichards, mais bien de discussions franches et honnêtes sur le ressenti du "sale gamin" de 43 ans et demi et de sa vieille maman.

© Michigan Films

Trouver la bonne place

Ce qui surprend le plus dans Petit Samedi, c’est la place qu’occupe Paloma Sermon-Daï dans le dispositif. Alors qu’elle est à côté de sa mère et de son frère, elle n’intervient jamais, elle reste la cinéaste, ne quittant jamais son poste d’observatrice du réel. Une position forcément un peu artificielle, mais éminemment féconde. Car si son "personnage" de Damien ouvre son cœur, c’est qu’il est en confiance avec elle. Comme si faire ce film, se confier à la caméra de sa sœur, faisait partie de son propre cheminement, de sa propre thérapie pour tourner le dos à la drogue.

Cependant, ni Damien, ni sa mère, ni la cinéaste ne semblent se faire d’illusion sur sa capacité à décrocher. Ou plutôt ils ne veulent pas avoir trop d’espoir, de peur d’être déçus. Et c’est exactement à cet endroit que réside la grande justesse d’un film proposant un vrai point de vue sur la toxicomanie, au-delà des clichés et des discours tout faits. Un film criant de vérité, récompensé, en octobre dernier, du Bayard d’or du meilleur film au Festival du film francophone de Namur.

© Michigan Films

Petit Samedi Documentaire intimiste Scénario & réalisation Paloma Sermon Daï Avec Damien Samedi, Ysma Sermon-Daï… Durée 1h15

© Cote LLB

  • Le film sort au Palace ce 9 juin, puis sera à l’affiche des Grignoux à Liège et du Caméo à Namur dès le 30 juin.