Les aventures d’un ado au superpouvoir atypique. Un film d’animation original.

Deuxième long métrage d’animation du tandem Alain Gagnol/Jean-Loup Felicioli, "Phantom Boy" poursuit dans la même veine esthétique que leur précédent "Une vie de chat" (2010). On y retrouve aussi une ambiance de film noir, mêlée ici à un brin de fantastique et des ambiances urbaines et nocturnes - New York remplaçant Paris.

Leo, un adolescent de 11 ans, atteint d’une maladie grave, doit être hospitalisé pour suivre un traitement lourd. Dans son coma, il se découvre un pouvoir de extraordinaire : il peut sortir de son corps, sous une forme invisible, et déambuler à son gré.

Au même moment, la ville est sous la menace de l’Homme au visage cassé. Doté d’un pouvoir de nuisance qui semble sans limite, il réclame une rançon faute de quoi il provoquera des catastrophes dans New York. Alex, policier zélé mais maladroit, manque de peu d’arrêter l’Homme au visage cassé et ses sbires. Blessé lors de sa confrontation avec ceux-ci, il croise le chemin de Léo, à l’hôpital, qui décide de l’aider grâce à son pouvoir.

"Phantom Boy" surfe sur le succès de "Une vie de chat". La nomination de ce dernier aux Oscars, en 2012, semble avoir inspiré les réalisateurs : titre anglophone, donc universel, transposition dans un univers nord-américain et flirte avec les histoires de superhéros. Comme dans les comics books de Stan Lee, le pouvoir de Léo compense son infirmité dans la vie réelle.

Ce traitement offre aux jeunes spectateurs d’aujourd’hui un point de référence familier. Les deux réalisateurs ne sacrifient pas pour autant aux canons de l’animation mondialisée. Ils conservent un parti pris artistique fort, avec leur graphisme aux pastels, qui n’est pas sans rappeler celui de l’illustrateur Lorenzo Mattotti, et leur style impressionniste aux couleurs vives.

Emblématique de ce choix, l’Homme au visage cassé est un méchant fascinant, avec son faciès qui ressemble à un patchwork signé Picasso. Mais, comme divers personnages ou éléments de l’intrigue, il s’avère sous-exploité. Trop modestes ou trop sages, les auteurs hésitent à assumer totalement les singularités de leur univers ou leurs audaces formelles. Sur le fond, "Phantom Boy" conserve un scénario très classique, presque timoré, et la profondeur des personnages ou des thèmes - la maladie de Leo - n’est qu’effleurée en surface. L’Homme au visage cassé ne tient pas toutes ses promesses de croque-mitaine high tech.

L’œuvre, pourtant de haute tenue artistique, laisse dès lors ce sentiment partagé : trop originale que pour convaincre un grand public très frileux, mais pas assez que pour faire la différence de manière décisive sur un marché toujours plus concurrentiel.


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Réalisation : Alain Gagnol et Jean-Loup Felicioli. Avec les voix d’Edouard Baer, Jean-Pierre Marielle, Audrey Tautou,… 1h24