Le plan-séquence d’ouverture de Pieces of a Woman dure quasiment 25 minutes. Et ce sont sans doute les 25 minutes les plus intenses que l’année cinéma 2020 nous ait offertes. Une expérience d’une rare intensité qui fut l’un des grands moments de la Mostra de Venise en septembre dernier, qui impose son rythme, sa force au grand écran. Le film ne sortira malheureusement pas en salles ; il est disponible ce jeudi sur Netflix.

Cosigné en duo, par Kornél Mundruczó à la réalisation et son épouse Kata Wéber au scénario, le film s’ouvre sur le comble du bonheur pour un jeune couple de Boston, Martha (Vanessa Kirby) et Sean (Shia LaBeouf) : l’accouchement à domicile dont ils avaient rêvé pour leur future petite fille. Malheureusement, la sage-femme (Molly Parker), qui remplace celle initialement prévue, remarque que le rythme cardiaque du bébé n’est pas bon…

L’insurmontable douleur d’un couple

Découvert en 2005 avec le très impressionnant Johanna, évocation contemporaine de la passion de Jeanne d’Arc, le cinéaste hongrois Kornél Mundruczó s’est fait un nom sur le circuit international avec White God (prix Un Certain Regard en 2014), métaphore de la dérive autoritaire de son pays à travers une révolte de chiens envahissant peu à peu les rues de Budapest. De quoi lui permettre aujourd’hui, après Jupiter’s Moon en 2017, de signer son premier film en anglais avec un beau casting international : Shia LaBeouf (que Netflix a choisi de ne pas mettre en avant dans la promo, l’acteur ayant été accusé de violences conjugales par son ex-compagne), Molly Parker, Ellen Burstyn et surtout Vanessa Kirby. Connue notamment pour son rôle de la princesse Margaret dans les deux premières saisons de la série Netflix The Crown , la jeune actrice britannique de 32 ans est bouleversante en jeune femme frappée par la pire tragédie qu’une mère puisse imaginer.

Délaissant les thrillers sombres, le cinéaste hongrois signe un mélodrame dans la lignée de Manchester by the Sea de Kenneth Lonergan, avec Casey Affleck en 2016. On y retrouve le même environnement, le long hiver du Massachusetts, mais aussi un personnage injustement frappé par le destin, qui va devoir réapprendre à vivre.

Un mélodrame complexe et limpide

Étalé sur neuf mois - le temps de la construction du pont sur lequel Sean travaille -, Pieces of a Woman propose une magnifique étude de personnage, une femme complexe qui refuse de s’enfermer dans le rôle que lui imposent son mari, sa mère, survivante de la Shoah (Ellen Burstyn) et la société, alors que se profile un procès contre la sage-femme qui l’a assistée le jour de l’accouchement. Quitte à choquer son entourage, Martha choisit au contraire de vivre son deuil comme elle le ressent.

Mundruczó et Wéber (qui a vécu une expérience similaire) signent un film pétri d’humanité, très complexe dans ses thèmes mais pourtant limpide. Une œuvre impressionnante de justesse et de retenue dans l’expression de sentiments exacerbés. À Venise, Pieces of a Woman aurait pu prétendre au Lion d’or ; il a offert un prix d’interprétation amplement mérité à Vanessa Kirby.

Sur Netflix à partir du 7 janvier.

Pieces of a Woman Mélodrame De Kornél Mundruczó Scénario Kata Wéber Musique Howard Shore Avec Vanessa Kirby, Shia LaBeouf, Molly Parker, Ellen Burstyn, Benny Safdie… Durée 2h08.

© D.R.