Vieux menuisier toscan sans le sou, Geppetto (Roberto Benigni) doit ruser pour trouver à manger. Quand il a fini de racler, au ciseau à bois, les dernières croûtes de parmesan, il supplie le patron de l’osteria du village de le laisser réparer une chaise branlante, une table penchante ou une porte déglinguée. Pour le faire taire, l’aubergiste lui donne un bol de soupe et un quignon de pain. Tandis que son voisin lui offre une étrange bûche, dans lequel le vieil homme décide de sculpter une marionnette en bois, comme celles qui se sont installées sur la place du village. Quelle n’est pas sa surprise quand il découvre que, sous le bois de la marionnette, bat un cœur…

Mais le lendemain, au lieu d’aller à l’école comme il l’a promis à son père, Pinocchio prend la poudre d’escampette pour aller voir le spectacle de ses congénères : Arlequin, Pantalon, Colombine et les gendarmes. C’est le début d’incroyables aventures pour le petit garçon de bois.

Conte au premier degré

On n’attendait clairement pas Matteo Garrone à la tête d’une adaptation du classique de Carlo Collodi, Les Aventures de Pinocchio, publiées en roman à partir de 1881. Refusant de tomber dans le travers de l’édulcoration ou de la mise à jour, l’auteur de Gomorra et de Dogman reste le plus fidèle possible à Collodi, faisant de Pinocchio une peste, le prototype de l’enfant pas sage qui désobéit et ment éhontément à ses parents et à ses professeurs. Quitte à endosser le côté daté et moralisateur du conte. Mais, toujours aussi universelle, l’histoire n’a pas tellement vieilli.

Se reposant sur d’élégants effets spéciaux - qui font de Pinocchio, campé par le jeune acteur Federico Iepali, une véritable marionnette en bois - Garrone signe un vrai conte pour enfants, joliment désuet. Et donne à Roberto Benigni, non plus le rôle de Pinocchio (que l’acteur-réalisateur tenait dans sa propre adaptation en 2002), mais celui de son babbo, Geppetto…

Délaissant l’ultra-violence qui fut la marque de son cinéma, le cinéaste napolitain assume totalement une forme de naïveté et la dimension merveilleuse du récit. Le Criquet qui parle, la Fée bleue, l’Escargot, Chat et Renard… Tout le monde est là, dans un film qui joue à fond la carte du conte de fées. En cela, le film s’adresse très clairement d’abord aux enfants, risquant de laisser sur la touche les adultes n’ayant pas gardé une âme d’enfant. Même si, deux heures, c’est sans doute un peu long pour les plus petits.

Pinocchio Conte moral de Matteo Garrone Scénario Massimo Ceccherini & Matteo Garrone (d’après Les Aventures de Pinocchio de Carlo Collodi) Photographie Nicolaj Brüel Musique Dario Marianelli Avec Roberto Benigni, Federico Ielapi, Rocco Papaleo… Durée 2h04.

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