Médiums américaines reconnues, Laura et Kate Barlow (Natalie Portman et Lily-Rose Depp) débarquent à Paris à la fin des années 30. Lors d’une représentation dans une soirée chic, elles sont approchées par André Korben (Emmanuel Salinger), qui leur demande une séance privée de spiritisme. Totalement bouleversé et convaincu de leur don, ce grand producteur français invite les deux sœurs à séjourner chez lui. Il décide de transformer la plus âgée en star de cinéma, lui faisant jouer son propre rôle dans l’une de ses productions. Tandis qu’il demande à la cadette de participer à diverses expériences scientifiques filmées, persuadé de pouvoir, pour la première fois, fixer un fantôme sur la pellicule sensible…

Après "Belle épine" et "Grand Central", la jeune réalisatrice française Rebecca Zlotowski s’essaye à un grand film de cinéma. D’un point de vue intellectuel, "Planétarium" est très ambitieux, convoquant à la fois l’Histoire réelle et celle du 7e Art.

Le récit fonctionne comme une métaphore de la catastrophe annoncée, avec en toile de fond la montée du nazisme. Le personnage d’André Korben est en effet inspiré de Bernard Natan, un producteur juif d’origine roumaine qui, comme dans le film, sera victime d’une véritable cabale. Condamné pour escroquerie, déchu de sa nationalité française, le propriétaire de Pathé sera déporté à Drancy et mourra à Auschwitz. Campé par le trop rare Olivier Salinger, c’est clairement le personnage le plus intéressant, celui qui est à la recherche des fantômes de son passé, de son identité juive, avec laquelle il a rompu pour devenir français. Et qui refuse de voir autour de lui ressurgir le monstre de l’antisémitisme.

Les fantômes, ce sont évidemment aussi ceux inhérents au cinéma, ces spectres qui défilent à l’écran à raison de 24 images par seconde. Le cinéma pour Zlotowski, c’est l’art de capter l’invisible, de créer un monde d’illusion dans lequel le spectateur ne peut pénétrer que grâce à un acte de foi, cette fameuse "suspension volontaire de l’incrédulité" théorisée par Coleridge au XIXe siècle pour parler du théâtre de Shakespeare. Un univers d’artifice où, comme les personnages de "Planétarium", on peut se réfugier quand le monde extérieur devient insupportable…

Si la reconstitution historique est particulièrement léchée, avec une stylisation volontairement appuyée qui colle parfaitement à cette évocation du monde du cinéma des années 30, si les comédiens sont bien dirigés (la débutante Lily-Rose Depp est plutôt convaincante), Rebecca Zlotowski a un peu de mal à dépasser le cadre très cérébral qu’elle a fixé à son film. Machine trop bien rodée d’un point de vue scénaristique, "Planétarium" ne parvient en effet jamais à faire surgir l’émotion, ni à se fixer une ligne claire, multipliant les sujets sans réellement parvenir à les approfondir…


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Réalisation : Rebecca Zlotowski. Scénario : Robin Campillo&Rebecca Zlotowski. Photographie : Georges Lechaptois. Musique : Robin Coudert. Montage : Julien Lacheray. Avec Natalie Portman, Lily-Rose Depp : Kate Barlow, Emmanuel Salinger, Pierre Salvadori, Louis Garrel… 1 h 45.