La petite quarantaine, Daniel Luxet (Gustave Kervern) est un grand spécialiste des poissons. Après avoir passé plusieurs années à San Francisco, il est rentré à Bellerose, sur la côte Atlantique française. Il travaille dans un petit laboratoire géré par une directrice très stricte (Ellen Dorrit Petersen), dont le seul but est de faire se reproduire les deux derniers poissons vivants, nommés Adam et Ève. Suite au rejet massif de plastique dans les océans, le taux d’œstrogènes est en effet parti en flèche, provoquant des troubles reproductifs irréversibles et, in fine, la disparition de tous les poissons. Et avec eux des oiseaux et autres animaux marins…

Alors que la dernière baleine, Miranda, dérive sans but vers l’Europe, Daniel, qui rêve d’avoir un enfant, s’inscrit sur un site de rencontres. L’amour semble pourtant au coin de la rue, en la personne de la jeune caissière de la pompe à essence du coin (India Hair). Un jour, sur la plage, ce couple pas banal tombe sur une étrange salamandre…

Bizarrerie du monde

Olivier Babinet a été découvert grâce à la série surréaliste de Canal + Le Bidule. Après un premier film remarqué en 2010, Robert Mitchum est mort, et Swagger en 2016 (nommé au César du meilleur documentaire), le cinéaste strasbourgeois revient avec une comédie romantique totalement barrée, qui multiplie les clins d’œil à Wes Anderson pour construire un univers cinématographique bourré de petits détails et foncièrement anti-naturaliste…

La féminisation du monde

Coproduction belgo-française, Poissonsexe se base sur les inquiétudes environnementales pour imaginer un monde où le vivant semble menacé par un taux de fécondité en berne. Mais on est loin de La Servante écarlate. Ce sont ici les êtres humains eux-mêmes qui, à l’image des poissons, semblent devenus insensibles à l’idée de reproduction. On peut s’étonner de voir le cinéaste placer tous les maux de la planète sur une forme de féminisation généralisée (en écho sans doute involontaire aux thèses masculinistes d’une certaine extrême droite zémourienne). Reste que, comme dans Le Bidule, Babinet séduit par sa capacité à rendre vivant un monde totalement décalé, mais qui ressemble suffisamment au nôtre pour nous amener à réfléchir.

Mais ce qui séduit surtout ici, c’est la tonalité mélancolique de cette improbable comédie romantique désespérée. Soit une belle rencontre entre Gustave Kervern, touchant dans le rôle de vieux célibataire préparant la chambre de son futur enfant, et l’étrange India Hair, qui retrouve ici un rôle aussi bizarre que dans Crash Test Aglaé d’Éric Gravel en 2017.

Poissonsexe Comédie écolo De Olivier Babinet Scénario Olivier Babinet & David Elkaïm Avec Gustave Kervern, India Hair, Ellen Dorrit Petersen, Jean-Benoît Ugeux… Durée 1h27.

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