La compétition officielle s’est achevée cette année sur un grand éclat de rire. Grâce à une comédie, "La Vénus à la fourrure", signée par un septuagénaire de génie, Roman Polanski. A travers l’adaptation théâtrale mouvementée d’un roman de Sacher-Masoch, il livre des analyses au vitriol de la création artistique et des passions amoureuses avec, en arrière-plan, des renvois évidents vers ses œuvres et sa propre existence.

"Ce n’est pas réfléchi, lance-t-il avec son sempiternel sourire en coin. Comme on m’en parle beaucoup, cela me fait réfléchir. Un grand nombre de choses peuvent en effet être perçues comme des références à mes films. C’est bien ou pas ?"

Epatant. Mais personne n’est dupe. Les parallélismes avec lui sont trop flagrants. Les deux rôles sont d’ailleurs tenus par sa femme, Emmanuelle Seigner, et Mathieu Amalric qui lui ressemble étrangement. "C’était mon rêve de tourner un film avec seulement deux comédiens. Encore plus en français, ce que je n’avais jamais fait, car cela me permettait de tourner avec Emmanuelle, ce qui n’était plus arrivé depuis longtemps. A mon âge, ce sont les challenges qui motivent. A condition, bien évidemment, de ne pas ennuyer une seule seconde les spectateurs." Mêlant humour, domination et sensualité, "La Vénus à la fourrure" montre aussi un réalisateur qui tombe progressivement sous la coupe de sa comédienne. Ce qui a le don de le faire réagir en une fraction de seconde. "Moi, je domine les acteurs ! C’est exactement de ça que parle le film, de domination. Je soupçonne certains d’aimer ça Mais en tout cas, jamais personne ne se plaint." Facétieux, Roman Polanski aime jouer au faux méchant. "Tu détruis ma réputation", lance-t-il au compositeur Alexandre Desplat en train de chanter ses louanges. Avant d’inciter à sa manière Emmanuelle Seigner à développer ses réponses : "Ils vont croire que tu es blonde !" Tout ça pour mieux cacher d’autres facettes de sa personnalité. "Aujourd’hui, offrir des fleurs à une femme devient indécent. Voilà ce que je ressens. Je pense que le sida a tout changé dans les relations sexuelles. La peur l’emporte désormais. On chasse la romance de nos vies."

Sa présence à Cannes constitue une vraie victoire personnelle. "Voici un an tout juste, j’étais venu présenter la version restaurée de ‘Tess’ à Cannes. Le soir, mon agent m’a proposé de lire cette pièce. J’étais tout seul et pourtant j’en ai ri de bon cœur. La décision a donc immédiatement été prise de l’adapter. J’ai fait mes débuts au théâtre dans un rôle principal à 14 ans. Ma relation au théâtre est très profonde. Je tenais à ce que cette adaptation soit parfaite et tout s’est enchaîné très vite. Emmanuelle, qui n’était pas totalement convaincue par la pièce, a adoré le script. Mathieu Amalric, que Steven Spielberg m’avait présenté durant le tournage de ‘Munich’, aussi. On a tourné en continu de Noël à mars, et me revoici à Cannes. Tout s’est passé comme dans un rêve. Ma plus belle victoire."