Dominik Moll adapte de façon très efficace le roman de Colin Niel, au cœur de la solitude du monde paysan.

L’hiver frappe dur sur le causse Méjean, dans le Massif Central. Ce 14 janvier, une Parisienne (Valérie Bruni-Tedeschi) disparaît lors d’une tempête de neige. La gendarmerie locale mène l’enquête. Elle interroge notamment Joseph (Damien Bonnard), paysan qui vit en ermite avec, comme seule forme d’intimité, la visite d’Alice (Laure Calamy), l’assistante sociale avec qui il passe un peu de bon temps. Et dont le mari Michel (Denis Ménochet), paysan lui aussi, fantasme de son côté en menant une vie parallèle sur Internet avec une belle Ivoirienne…

Voilà un polar comme on n’en voit pas souvent dans le cinéma français. Pas tant par son climat poisseux que par son environnement, son atmosphère particulière. Situé dans une nature, sinon sauvage, du moins très aride, le film décrit une France paysanne, qu’on n’a guère vu filmée sous ce jour. Ce sentiment de misère sociale, de douleur quasi existentielle, tient aussi à la mise en scène très froide de Dominik Moll, qui adapte ici le roman à succès de Colin Noel auquel il reste très fidèle.


Cinq points de vue sur un meurtre

Dans son scénario, toujours coécrit avec Gilles Marchand, le cinéaste franco-allemand reprend la narration en cinq chapitres du livre, comme autant de points de vue sur ce crime crapuleux. Malgré un côté artificiel (notamment dans le dernier volet, situé en Côte d’Ivoire), le refus de la chronologie fonctionne diaboliquement bien, permettant à Moll de se jouer des spectateurs, en distillant sans cesse de nouvelles informations nous forçant à revoir nos présupposés sur les personnages.

Après un détour par la satire sociale dans Des nouvelles de la planète Mars en 2015, Dominik Moll revient donc à ses premières amours, le thriller. Sauf qu’à la différence de Harry, un ami qui vous veut du bien (2000) ou de Lemming (2005), Seules les bêtes est inscrit dans le réel, a les pieds dans la terre. C’est que, sans avoir rien perdu de son efficacité, la mise en scène n’a plus besoin d’une forme d’artificialité pour fonctionner à plein. C’est que, depuis, le cinéaste s’est notamment coltiné au réel dans Eden, série pour Arte consacrée à l’accueil des migrants en Europe. Et c’est justement ce côté naturaliste, cru, qui, en plus de la froideur habituelle du regard du cinéaste, donne sa tonalité à ce film noir qui décrit admirablement la solitude de cette France rurale oubliée, invisibilisée.

Seules les bêtes Polar rural De Dominik Mol Scénario Gilles Marchand & Dominik Moll (d’après le roman de Colin Niel) Avec Denis Ménochet, Laure Calamy, Damien Bonnard, Valeria Bruni-Tedeschi… Durée 1 h 57

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