Virginie (Virginie Efira), Aristide (Omar Sy) et Erik (Grégory Gadebois) sont collègues au sein d’un commissariat de Paris. Un soir, alors qu’un centre fermé est en flammes, ils sont appelés en renfort pour effectuer une tâche en dehors de leurs compétences habituelles : convoyer un jeune Tadjik en situation irrégulière jusqu’à l’aéroport Charles de Gaulle, d’où il doit être expulsé. Sur le chemin, Virginie se met à douter de la mission qui leur a été attribuée. Et si ce jeune homme, réfugié politique en France, risquait la mort à son retour à Douchanbé ?

Une adaptation solide

Neuf ans après Mon pire cauchemar , Anne Fontaine retrouve Virginie Efira. Sauf que la Belge tient désormais l’un des trois premiers rôles de Police, adaptation solide du roman homonyme d’Hugo Boris (Prix Eugène-Dabit du roman populiste en 2016). Comme le livre, le film s’attache à décrire une journée dans la vie et la carrière de trois flics pour faire le tableau d’une profession difficile.

Alors que la popularité de la police est en chute libre face aux images de violences policières (bavures à répétition des États-Unis à la Belgique, répression sauvage des manifestations de Gilets Jaunes et contre la réforme des retraites en France…), le film d’Anne Fontaine devrait apporter un peu de baume au cœur des hommes en bleu. Des hommes et, évidemment chez l’autrice de Nettoyage à sec, Gemma Bovary ou Coco avant Chanel, une femme. C’est en effet le personnage féminin campé par Efira qui donne l’impulsion au récit.

Quand la police a un coup de blues

Police n’est pas une critique de l’institution policière. Au contraire, les trois personnages que filme Anne Fontaine sont tout sauf binaires, tout en étant exemplaires. Complexes, ils sont tout à la fois dévoués à leur métier et capables de remettre en cause des ordres qu’ils estiment immoraux. Ce qui, là encore, résonne avec la situation de tension actuelle en France.

Surtout, la cinéaste dépeint des êtres blessés par la dureté de leur métier, avec lequel il n’est pas toujours possible de rompre quand on rentre chez soi le soir. Avec toutes les conséquences sur la vie de famille que l’on imagine et ce spectre du suicide qui rôde. Le niveau de suicide chez les policiers est en effet nettement supérieur à celui du reste de la population.

Portée par la belle photographie nocturne d’Yves Angelo, Anne Fontaine met en scène avec beaucoup d’élégance ce blues policier pour nous faire réfléchir sur un métier pas comme les autres. Même si le portrait aurait pu être sans doute un peu plus nuancé et l’intrigue davantage approfondie pour que paraisse un peu plus consistant le dilemme moral placé au cœur du récit.

Police Drame De Anne Fontaine Scénario Anne Fontaine et Claire Barré (d’après le roman d’Hugo Boris) Photographie Yves Angelo Montage Fabrice Rouaud Avec Virginie Efira, Omar Sy, Grégory Gadebois, Payman Maadi, Anne-Pascale Clairembourg… Durée 1h38

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