Moins trouble qu’on pourrait le croire, un délicat premier film sur la relation amoureuse entre deux vieilles dames.

Elles sont deux : Madeleine (Martine Chevallier) et Nina (Barbara Sukowa). Deux femmes d’âge mûr, voisines de palier. La première est veuve et conserve des rapports un peu difficiles avec ses enfants, Anne (Léa Drucker) et Fred (Jérôme Varanfrain). Nina est sans attache familiale. Mais elles ont un secret, que le film révèle d’emblée : Madeleine et Nina s’aiment. Elles ont un rêve : revendre leurs appartements et partir vivre à Rome, où elles se sont rencontrées.

Pour Madeleine, la démarche est compliquée, car ses enfants ignorent tout de la nature de sa relation avec Nina. Elle redoute, surtout, la réaction de Fred, resté fidèle à la mémoire de son père. Le projet semble dans l’impasse, à la fureur de Nina, quand un accident vasculaire terrasse Madeleine et bouleverse tout. Ramenée à son simple statut de voisine soi-disant amie, Nina s’acharne à remettre pied dans l’appartement et la vie de Madeleine, convaincue qu’elle seule peut, par la force de ses sentiments, la sortir de sa catatonie.

"Ça vous dérange, les vieilles gouines ?" demande Nina, bravache, à un agent immobilier (qui n’en a cure). Elle veut démontrer à Madeleine que se cacher est ridicule. L’adresse pourrait avoir valeur d’avertissement pour certains spectateurs. Mais comme veut le signifier Nina, l’enjeu de ce premier film de Filippo Meneghetti n’est pas dans la relation saphique.

C’est, d’abord, une histoire d’amour, un amour compliqué, car étouffé par de vieux non-dits. Le réalisateur en expose même deux types : le désir de deux femmes, certes, mais, aussi, le désir charnel de deux personnes âgées. C’est sous ce deuxième angle que Deux s’avère le plus beau, le plus touchant, le plus émouvant, le plus universel, aussi. Parce qu’elle aime Madeleine, parce qu’elle la connaît intimement, Nina sait précisément comment réveiller la parcelle de vie qui subsiste en elle.

Plus Amour que Portrait de la jeune fille en feu , mais aussi délicat que ces derniers, Deux pâtit de quelques faiblesses de scénario ou de caractérisation (comme la relation entre Nina et l’aide médicale, excessivement conflictuelle). Mais Filippo Meneghetti, s’il n’a pas encore la bouteille d’un Michael Haneke ou d’une Céline Sciamma, démontre un vrai talent de mise en scène, un sens du cinéma. Il a de la personnalité et, déjà, un style affirmé.

Son mélodrame, dans le confinement des deux appartements, prend des tonalités de thriller quand Nina se mue en voisine intrusive, rendue folle par la mise à distance forcée. En quelques plans sur des bibelots, le réalisateur parvient à relater sans flash-back, la double vie de Madeleine, les souvenirs partagés avec Nina, leur début d’idylle, à Rome. Le son et les bruitages sont aussi exploités au mieux pour souligner des émotions ou points d’orgue - effet de style rare dans le mélodrame.

Pour accompagner cette partition délicate, encore parfois maladroite, Meneghetti bénéficie de deux instruments parfaitement accordés : Martine Chevallier, grande comédienne de théâtre, sociétaire de la Comédie-Française, et Barbara Sukowa, mythique actrice allemande, vue notamment chez Rainer Werner Fassbinder ou, plus récemment, dans Hannah Arendt (2012) de Margarethe von Trotta. À l’écran, elles sont vraiment "deux", un couple qui vibre à l’unisson.

Deux Mélodrame De Filippo Meneghetti Scénario Filippo Meneghetti et Malysone Bovorasmy Avec Martine Chevallier, Barbara Sukowa, Léa Drucker,… Durée 1h35.

© Note IPM