"Je continue à filmer, car cela me donne une raison d’être là. Cela rend le cauchemar plus supportable." Voilà ce que déclare, en voix off, Waad al-Kateab à Sama, sa fille d’un an. Étudiante en quatrième année de sciences économiques, la jeune Syrienne a participé, en 2011, au mouvement des étudiants libres. Avec son futur mari Hamza, jeune diplômé en médecine, elle a cru en cette révolution, en ce souffle de liberté. Quatre ans plus tard, dans une Alep assiégée par les forces du régime de Bachar al-Assad, son seul réconfort est de voir sa fille sourire. Mais dès qu’elle entend dans le ciel les avions russes venus bombarder la ville, l’angoisse revient de plus belle. Et la jeune femme se demande si sa fille lui pardonnera un jour de lui avoir donné naissance en pleine guerre…

Bafta, Prix EFA et Œil d’or à Cannes du meilleur documentaire, nommé aux Oscars, Pour Sama est un document important. Durant cinq ans, Waad al-Kateab a filmé son quotidien, d’abord avec son téléphone portable, puis avec une caméra, afin de documenter, en direct sur les réseaux sociaux et pour les générations futures, le calvaire des rebelles syriens, pris en étaux entre l’armée syrienne et les forces de Daech. Une véritable horreur que la jeune femme a vécue aux premières loges, habitant durant un an dans l’hôpital clandestin créé par son mari, le dernier à tenir face aux bombardements.

La vie malgré l’horreur

Aidée par le réalisateur britannique Edward Watt, qui cosigne le film avec elle, al-Kateab a fait le tri dans ses centaines d’heures de rushes pour composer un récit, à la première personne, de la résistance vaincue d’Alep. Pour Sama est en effet un carnet de bord des joies, des espoirs et de la désillusion d’un peuple martyrisé.

Les images sont dures, souvent insoutenables, quand, dans les couloirs de l’hôpital de fortune, des parents amènent des enfants morts ou blessés. Même si les documentaristes ont expurgé le film des archives les plus dures. Pourtant, au milieu du chaos, du désespoir, de la douleur, il reste la vie, une plante qui fleurit, un kaki sorti de nulle part, une soirée entre amis ou le rire d’une petite fille, innocente, qui grandit en prenant l’habitude de ne plus faire attention aux bruits d’explosion dehors…

De ce mélange de vie et d’horreur, capté sur le vif par une caméra mal habile mais radicalement honnête, du cinéma finit par émerger. Du cinéma puissant, qui raconte une histoire universelle, celle de la résistance contre l’oppression, du combat pour la liberté, mais aussi du deuil des amis tombés trop vite…

>> À lire également: l’interview de Waad al-Kateab 

Pour Sama / For Sama Documentaire en immersion De Waad al-Kateab & Edward Watt Photographie Waad al-Kateab Durée 1h35.

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