Le cinéaste mexicain Carlos Reygadas, Prix de la mise en scène à Cannes pour "Post tenebras lux", le film le plus sifflé de la sélection, a également divisé le jury, a confié dimanche soir son président Nanni Moretti.

Acclamé à ses débuts et déjà Grand Prix en 2007 pour "Lumière silencieuse", Reygadas, né en 1971 à Mexico, représente une voix forte du cinéma mexicain même si la presse de son pays a diversement apprécié ce quatrième long métrage.

"Une partie du jury s'est montrée sensible aux risques que Reygadas a pris. Mais je ne sais rien de la polémique qui a agité les journalistes", a déclaré le cinéaste italien.

"Certains jurés ne sont jamais entrés dans le film, d'autres ont ressenti une vive émotion et ce sentiment n'a fait que croître au fil des jours. De toutes façons, nous n'avons jamais cherché l'unanimité", a-t-il expliqué, signalant que le film de Reygadas avait été le plus discuté avec celui de Léos Carax, "Holy Motors", finalement écarté.

Thierry Frémaux, le délégué général du Festival de Cannes, a également défendu le réalisateur mexicain et son film: "La tradition de Cannes est de présenter des oeuvres qui font débat, sinon à quoi bon? Nous nous attendions à ce que le film de Reygadas soit beaucoup moins bien accueilli", a-t-il déclaré à l'AFP.

Dès son premier film, "Japon", Reygadas était venu à Cannes le présenter en Quinzaine des réalisateurs.

Tourné dans les forêts de l'Etat de Morelos, "Post tenebras lux" (la lumière après les ténèbres, référence à un verset de la Bible) suit une famille de citadins qui s'est installée à la campagne, dans une nature forte et perpétuellement en rage, dans la boue et les orages.

Des chevaux au grand galop, des vaches, des chiens, l'échangisme de corps dégradés dans un sauna parisien: Reygadas assume que son film est impossible à résumer et difficile à saisir. "Sinon on pourrait se satisfaire du synopsis, ce serait suffisant", disait-il en conférence de presse.

Même si la salle, égarée, explose de rire quand un personnage s'arrache la tête dans un geyser de sang.

Cette scène, "tous les Mexicains la comprennent parce qu'ils sont confrontés en permanence à cette violence", a-t-il plaidé, évoquant le déchaînement de barbaries des cartels de la drogue.

"Le véritable titre de mon film devrait être +ma terre saigne+. Ou, +le Mexique saigne+". Quant aux sifflets, il les prend dit-il "comme un hommage".