Pourquoi et comment Buscetta s’est-il confessé au juge Falcone et est devenu le plus célèbre repenti d’Italie.

Il ne manque aucun cliché, pas même un air de musique sicilienne, pour commencer ce film de mafia. Un jour de sainte Rosalie, la patronne des gangsters, deux clans font la paix en se partageant le territoire pour le trafic de drogue. Palerme est la porte d’entrée de l’héroïne dans les années 80.

Tout le monde rit, tout le monde danse, Tommaso Buscetta, costume blanc et brushing impeccable, est le seul à tirer la tête. Est-ce parce que cette drogue a déjà transformé son fils en épave ? Comme le parrain, il préfère ne pas y toucher et comme, dit-il, "l’argent ne vous suit pas dans la tombe", il a décidé d’en profiter en raccrochant. Quelques jours plus tard, il part sans laisser d’adresse avec sa femme et ses jeunes enfants, confiant ses deux grands fils d’un premier mariage à Paco, son ami d’enfance, proche du sommet de Cosa Nostra.

Alors qu’il coule des jours idylliques dans sa villa de millionnaire avec vue panoramique sur la baie de Rio, les nouvelles de Sicile ne sont pas bonnes. La bande rivale a changé d’avis : empocher tout le pactole du marché de la drogue, c’est mieux que de se contenter de la moitié. Alors elle élimine ou adopte les membres du clan adverse. A Rio aussi, le temps vient à se gâter pour Tommaso car l’Italie a obtenu son extradition.

Trafics, fusillades, torture, exécutions, enterrements ; le classique film de mafieux prend fin quand Buscetta descend de l’avion à Fiumicino.

Des bêtes féroces, des animaux enragés

Commence alors un autre film, intimiste, fait d’entretiens, voire de confessions mais pas d’interrogatoires entre le juge Falcone et Buscetta. Le repenti ? Le traître ? Ni l’un, ni l’autre pour cet homme qui, la main sur le cœur, énumère les valeurs de sa Cosa Nostra. C’est une organisation criminelle certes, mais solidaire aussi, avec des principes, des valeurs. Celles-ci sont désormais piétinées par le nouveau parrain Toto Riina dont la cupidité, la brutalité, et la soif de pouvoir ne connaissent pas de limite.

Après le premier mouvement, pétaradant, de ce concerto pour un truand, viennent un deuxième introspectif avec le juge Falcone et puis celui de l’affrontement. Il va se dérouler dans les tribunaux à commencer par le fameux maxi-procès de Palerme qui nécessitera la construction d’un bunker. Dans cette salle d’audience qui ne ressemble à aucune autre, les prévenus sont enfermés dans des cages, littéralement comme des bêtes féroces. Avec des plans de coupe d’une hyène, d’un tigre, Bellocchio appuie ce sentiment. Ces mafieux ne sont plus des humains mais des animaux enragés, d’une extrême dangerosité. Buscetta les affronte tel un gladiateur dans l’arène du prétoire.

Grand styliste dont on a pu admirer la créativité dans Vincere, Bellocchio ne se montre plus du tout lyrique mais efficace voire concis. Il ne simplifie pas une montagne de faits mais les transforme en matériau dramatique. Sa présence est plus discrète même s’il distille quelques idées mémorables comme le compteur criminel ou la torture à l’hélicoptère. Il a trouvé en Pierfrancesco Favino, l’interprète rare qui réussit une double métamorphose, celle du temps et celle de la conscience, tout en conservant le caractère et la part d’ombre de son personnage. Le dernier plan est là pour nous rappeler que si Buscetta est un homme courageux et complexe, il n’a rien d’un héros.

Le Traître/Il Traditore Biopic De Marco Bellocchio Scénario Marco Bellocchio, Valia Santella, Ludovica Rampoldi, Francesco Piccolo Avec Pierfrancesco Favino, Maria Fernanda Cândido, Fabrizio Durée 2h 31.

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