La sortie de "La vie d'Adèle", récompensé par une Palme d'or à Cannes, s'accompagne d'une interminable polémique autour de la personnalité de son réalisateur, Abdellatif Kechiche. Après les techniciens, c'est Lea Seydoux, l'une des actrices principales de "La vie d'Adèle", qui avait craché dans la soupe, dénonçant la rude "méthode Kechiche". Pour faire le point, le cinéaste a publié une lettre sur le site Rue89 ( le texte a été mis en ligne dans la nuit de mardi à mercredi). Dans celle-ci, il démonte point par point les critiques portées à son encontre. Et ça balance!

Les méthodes de montage. Kechiche s'élève d'abord contre un article du Monde évoquant sa méthode de travail. Publié à la veille du Festival de Cannes, le papier expliquait que le réalisateur monte ses rushs dans l'urgence, malmenant au passage ses producteurs. La preuve avec Jean-François Lepetit qui avait collaboré avec Kechiche sur "La Faute à Voltaire". Lepetit déplorait que ce film ait été monté trop lentement. "Le tournage avait eu lieu en mai-juin 1999, et le temps passait. [...] On a raté le Festival de Berlin en février 2000, puis celui de Cannes en mai", confiait-il au Monde.

"Faux", répond Kechiche qui précise dans sa lettre: "Monsieur Lepetit ment. Le tournage n’a jamais eu lieu en mai-juin 1999, mais de mi-­janvier à mi-mars 2000, et c’est là la seule raison pour laquelle le film ne pouvait en aucun cas être prêt ni pour Berlin ni pour Cannes. Jean-François Lepetit le sait. S’il cherche bien dans ses archives, il retrouvera." `

Un tournage de "tyran"? Au moment où "La vie d'Adèle" débarquait sur la Croisette, un autre article du Monde relayait les plaintes de techniciens ayant travaillé avec Kechiche sur ce film. Ils pointaient par exemple des journées de tournage interminables où chacun était soumis aux accès de colère et de perfectionnisme du réalisateur: mur abattu dans un appartement, scène rejouée jusqu'à la nausée...

Là encore, Kechiche tient à rétablir la vérité. "Diantre ! Que j’aie osé réclamer une montre ou un pull-over comme accessoire, filmer un plateau d’huîtres ou demander à un collaborateur et néanmoins ami de démolir un mur en plein tournage suscite un tel emballement médiatique ? Que ne suis-je pas déjà derrière les barreaux ?" Et il enfonce le clou: "Mais que l’on me permette de m’interroger. Pourquoi ces « techniciens anonymes » que j’aurais maltraités ne m’ont-­ils jamais rien dit et pourquoi sont-ils restés jusqu’au bout, si les conditions proposées leur étaient à ce point insupportables ? Pourquoi ont-­ils, au contraire, renouvelé leur mission ? Je n’ai jamais retenu personne. Il y a là quelque chose d’illogique qui devrait étonner."

Les critiques de Lea Seydoux. Après les techniciens, c'était au tour de l'une des actrices de ruer dans les brancards. Au coeur de la polémique: une scène de sexe que Lea Seydoux et Adèle Exarchopoulos mettront dix jours à tourner. Et Seydoux de parler d'un tournage "horrible" avec un Kechiche "torturé". "Il avait une forme de manipulation qui était dure à gérer", martelait l'actrice début septembre, soit... plusieurs mois après le tournage.

Des reproches tardifs qui plongent le réalisateur dans l'incompréhension. "Comment expliquer des accusations aussi graves et ce revirement à 180 degrés, un an après le tournage, et après tant de démonstrations d’admiration, « d’amour » et de reconnaissance ? Je n’y vois pour ma part qu’une incohérence flagrante (à quel moment dit-­elle vrai : quand elle m’honore publiquement ou quand elle me conspue bruyamment ?) et au-­delà, surtout, une imposture perverse et une manipulation de la pire espèce, dans un contexte où elle savait que ses propos calomnieux auraient l’écho désastreux et rabaissant qu’en effet ils ont eus."

Pour Kechiche, la fronde de Lea Seydoux s'expliquerait par le fait que celle-ci, "pleine d'opportunisme", a été instrumentalisée par des gens "ouvertement hostiles" au réalisateur. Alors, c'est qui le patron?