Cinq ans après "Redacted", Brian De Palma faisait son grand retour à la Mostra de Venise en août dernier avec "Passion". Cinq ans, cela semble beaucoup pour accoucher de ce médiocre remake de "Crime d’amour", le dernier film d’Alain Corneau en 2010. Coproduction franco-allemande, cette série B sans âme n’est, en effet, pas ce que De Palma a fait de mieux...

Si, dans de trop rares scènes, le réalisateur reste virtuose visuellement, il oublie malheureusement de rendre son film crédible ! Sans cesse au second degré, surjouant sur les codes du genre et les références hitchcockiennes, De Palma se fend, sans se fouler, d’un petit thriller lourdaud : grosses ficelles, rebondissements en cascade, musique et mise en scène appuyées, jeu outré

"Passion" met en scène un classique jeu du chat et de la souris entre la patronne d’une boîte de communication et sa brillante employée; Rachel McAdams prenant la place de Kristin Scott Thomas et Noomi Rapace, celle de Ludivine Sagnier. Leur relation devrait être vénéneuse et ambiguë, elle tourne rapidement à l’érotisme de pacotille ridicule. Tandis que les deux comédiennes, n’ayant pas grand-chose à jouer, apparaissent assez fades.

On retrouve chez De Palma le goût pour les apparences et les faux-semblants qu’il explore depuis le début de sa carrière. Multipliant toujours les types d’images (téléphones portables, caméras de surveillance ), "Passion" entretient des liens évidents avec ses films du début des années 80 comme "Pulsion", "Blow Out" ou "Body Double". Mais l’Américain se contente ici d’être un pur styliste, dont la mise en scène tourne à vide. Même s’il s’offre un split screen jouissif à un moment clé du film. Hormis si l’on est un fan absolu de son cinéma - et Dieu sait qu’il existe des irréductibles -, "Passion" ne se résume malheureusement qu’à un petit film d’exploitation au vague charme Eighties

On lira en pp. 40-41 de "La Libre" un entretien avec Brian De Palma.

Scénario & réalisation : Brian De Palma (d’après un scénario d’Alain Corneau et Natalie Carter). Avec Rachel McAdams, Noomi Rapace, Paul Anderson 1 h 40.